Le CVV s'alarme de la situation des ventes publiques en France

Par LeJournaldesArts.fr · lejournaldesarts.fr

Le 21 février 2008

Paris [21.02.2008] - Le Conseil des ventes volontaires de meubles aux enchères publiques a profité de sa communication inhabituellement rapide des principaux indicateurs du marché des ventes publiques en France pour, une nouvelle fois, tirer la sonnette d'alarme sur l'état de ce marché et des contraintes qui pèsent sur lui.

Selon des calculs « fiables à 2 ou 3 % » le marché des ventes publiques serait en baisse en 2007 de près de 2 %, avec un chiffre d’affaires de 2,15 milliards d’euros. Diminué des ventes de voitures d’occasion et de biens industriels, autrement dit les seules ventes d’art, auraient, elles, baissé de 6 % avec un CA de 1,37 milliards d’euros.

Conséquence immédiate, dans un marché mondial qui aurait augmenté de 7,4 %, la part de la France continue à diminuer, passant de 16,40 % à 14,40 %. Elle conserverait de justesse sa troisième place sur le podium, talonnée par la Chine, contrairement à ce qu’indiquait Artprice qui annonçait que la France avait perdu son rang au profit de la Chine.

Le Conseil s’inquiète également de la forte baisse (-28 %) d’activité des maisons de vente de province. Un constat curieusement tempéré par Henry de Danne, délégué général du syndicat des maisons de vente (SYMEV) et présent dans la salle. L’ennemi est clairement identifié : ebay. Car dans le même temps les ventes de biens culturels de l’opérateur internet ont-elles progressé de 41 % pour un CA de plus de 100 millions d’euros. M. Giacomotto, président du CVV a de nouveau fustigé la distorsion de concurrence entre des maisons de ventes soumises à des contraintes fortes (assurances, cautions, fiscalités, responsabilités) et cet acteur web dérégulé. Il s’avère en effet que de plus en plus de particuliers, voire même de professionnels utilisent le courtier en ligne pour vendre des objets d’art, dans ce qui s’apparente parfois plus à du commerce qu’à un vide-grenier.

Le Conseil reconnaît par ailleurs qu’il y a trop de maisons de vente, ou plus exactement trop de petites maisons de ventes. 159 d’entre elles (sur un total de 381) ont un produit inférieur à 1 million d’euros, les rendant ainsi incapables de se moderniser. Un reproche qui s’adresse également à Drouot, que monsieur Giacomotto qualifiait de « gigantesque nain » dans un entretien avec Harry Bellet du Monde (juin 2007). Il est vrai que monsieur le président du CVV est un expert des fusions-acquisitions, étant par ailleurs président du collège de gérance et premier actionnaire de GIMAR, une importante banque d’affaires. Dans le même temps, Christie’s et Sotheby’s ne cessent de gagner des parts de marché, dépassant maintenant les 22 %. Rappelons cependant qu’au niveau international les deux maisons de ventes détiennent plus de 70 % de parts de marché.

Distorsion des règles de concurrence, faiblesse des acteurs, mais aussi faiblesse de l’offre en matière d’art contemporain, le segment aujourd’hui le plus dynamique des ventes aux enchères. Il semble que les SVV françaises ne sachent pas vendre de l’art contemporain. Une information dont cependant on a du mal à prendre la mesure, car malgré cette avalanche de chiffres, le CVV n’arrive toujours pas à évaluer les ventes d’art contemporain, ce qu’il sait pourtant très bien faire pour les ventes de timbres ou de jouets anciens.

La précipitation avec laquelle le CVV a communiqué des chiffres incomplets est sans doute liée au contexte politique. Alors que deux sénateurs ont déposé des propositions de loi visant à moderniser la place de Paris, on attend très prochainement le rapport sur la dynamisation du marché de l’art commandé à Martin Bethenod par la Ministre. Et puis dans quelques mois, la France prendra la présidence européenne, l’occasion d’impulser la modification de certaines directives européennes.

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