Dimanche 25 octobre 2020

Le bijou d’artiste

Par Aurélie Romanacce · L'ŒIL

Le 26 juin 2017 - 375 mots

Le bijou d’artiste fait cet été une entrée remarquée au Musée d’art moderne de Paris. Une consécration institutionnelle qui s’accompagne d’un regain créatif et financier dans les galeries et sur le second marché.

Collectionner  - D’alexander Calder à Salvador Dalí en passant par Max Ernst ou Pablo Picasso, les plus grands artistes du XXe siècle se sont volontiers prêtés au jeu de la création du bijou. À mi-chemin entre art et artisanat, cette œuvre intime, véritable « sculpture portative », est souvent le fruit d’un cadeau de l’artiste à sa muse. Si Pablo Picasso réalise de nombreux bijoux pour Dora Maar, Alexander Calder est sans conteste l’artiste le plus prolifique dans ce domaine, en créant dès l’âge de 8 ans des accessoires pour les poupées de sa sœur. Un passe-temps qu’il poursuivra tout au long de sa vie en créant plus de 1 800 bijoux, cette fois à destination de son épouse et de son entourage. Ces pièces uniques réalisées à la main sont aujourd’hui très recherchées sur le marché pour leur rareté. Pour autant, les bijoux d’artistes s’appuient traditionnellement sur une étroite collaboration entre créateur et artisan. Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale Giancarlo Montebello en Italie et François Hugo en France furent sollicités par les plus grands artistes du XXe siècle pour leur savoir-faire en orfèvrerie. Véritable œuvre d’art signée au tirage limité, le bijou d’artiste connaît un franc succès dans les années 1960 et 1970 avant d’être dénigré par les collectionneurs dans les années 1980 et 1990 qui lui préfèrent l’Art minimal. Depuis les années 2000, en revanche, la nostalgie pour le geste artisanal et le prestige de porter une œuvre miniature de Picasso ou de Max Ernst redoublent l’intérêt des acheteurs en prêtant au bijou d’artiste une nouvelle aura. Face à cet engouement, plusieurs éditeurs en Angleterre, comme Louisa Guinness ou Elisabetta Cipriani, travaillent avec de nombreux artistes contemporains, ravis de se frotter à ce genre d’expérimentation dans la droite lignée de leurs aînés. En France, si plusieurs galeries diffusent des bijoux d’artistes, seule la Galerie MiniMasterpiece édite des pièces d’artistes contemporains. Gageons que la prochaine exposition autour de la collection de bijoux d’art de Diane Venet au Musée des arts décoratifs à Paris en janvier 2018 suscitera, elle aussi, de nouvelles vocations.

245 000 $
1_ALEXANDER CALDER - « Alexander Calder est l’artiste emblématique qui tire le marché vers le haut », estime le galeriste Sébastien Janssen. La preuve, le 14 novembre 2013, à Sotheby’s New York, un très grand collier en argent du créateur américain est adjugé 1 985 000 dollars ! Si le record n’a pas été détrôné depuis, cet autre collier sera adjugé pour 245 000 dollars dans la même maison de vente à New York en mai 2014. Chaque bijou étant une pièce unique dans la même veine que ses sculptures, les collectionneurs sont prêts à mettre le prix pour posséder une œuvre originale d’un des plus grands artistes du XXe siècle.

6 000 €
2_JEAN-LUC MOULÈNE - C’est à l’occasion de l’exposition Moulène au Centre Pompidou en 2016 que la directrice de la Galerie MiniMasterpiece décide de le solliciter pour la création d’un bijou. « Jean-Luc Moulène est très connu pour ses photos, mais c’est aussi un sculpteur », rappelle Esther de Beaucé. Pour cette collaboration, il décide de créer une bague « os » à partir de son pouce dans l’idée de « prolonger sa réflexion sur le corps », confie-t-elle. Après avoir été radiographiée puis modélisée en 3D, la phalange de l’artiste a servi de support à un travail d’orfèvrerie avant d’être éditée en série limitée.

35 000 €
3_UGO RONDINONE - « Quand j’ai proposé à Ugo Rondinone de créer un bijou, il a tout de suite accepté, mais à une condition : en faire sept au lieu d’un », s’amuse Sébastien Janssen de la galerie belge Sorry We’re Closed. Le sculpteur s’est inspiré de ses personnages tantôt inquiétants tantôt humoristiques pour créer une série de sept masques correspondant au jour de la semaine. Valeur ajoutée non négligeable de ce bijou en or 23 carats, le travail d’orfèvre a été réalisé dans les règles de l’art par Pierre Hugo, fils de François Hugo.

Entre 50 000 et 70 000 €
4_PABLO PICASSO - Symbole de la collaboration entre Pablo Picasso et François Hugo, ce médaillon en or 23 carats est une pièce très difficile à trouver sur le marché. Picasso, ravi du savoir-faire de l’orfèvre lorsqu’il fait appel à lui pour la réalisation de différents plats et compotiers en argent, décide de lui confier la réalisation de médaillons et de pendentifs. Ce plastron « Grand Faune », édité uniquement à 20 exemplaires d’après un dessin de l’artiste, est en outre caractéristique de la technique du « repoussé-gravé » mise au point par François Hugo pour répondre aux exigences du génie espagnol.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°703 du 1 juillet 2017, avec le titre suivant : Le bijou d’artiste

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