Mercredi 19 décembre 2018

Luxembourg

Le ballet technologique de Feipel et Bechameil

Casino Luxembourg - Jusqu’au 7 janvier 2018

Par Pauline Vidal · L'ŒIL

Le 21 décembre 2017 - 369 mots

En 1924, Fernand Léger réalise le Ballet Mécanique. Hymne à la modernité, ce film expérimental désormais mythique est porté par une foi immense dans le progrès que la technique pourrait apporter à l’humanité.

Presque un siècle plus tard, alors que nous sommes entrés dans ce que nous appelons l’ère du tout technologique, le couple d’artistes formé par Martine Feipel (née en 1975, au Luxembourg) et Jean Bechameil (né en 1964, à Paris) livre au Casino Luxembourg une vision un brin désenchantée, bien que pleine de poésie, sur la robotique et l’automatisation qui régissent nos vies. La modernité n’a, semble-t-il, pas tenu toutes ses promesses…

La modernité, telle est en effet la pierre de touche de tout un pan de l’œuvre de Feipel et de Bechameil, qui, depuis plusieurs années, figent dans un matériau synthétique aux allures de pierre des objets du quotidien, symboles de modernité, comme les téléviseurs, les voitures… jusqu’aux barres de HLM. Ici, on découvre notamment une paire de transistors et une enceinte acoustique. La modernité s’invite aussi à travers deux propositions abstraites aux allures post-constructivistes : une architecture inspirée d’un dessin du Corbusier, constituée de formes géométriques tantôt blanches tantôt colorées, et un immense « tableau-relief » accroché au mur. Entre ces deux pièces, un rideau s’ouvre de temps en temps, comme pour signaler que le spectacle continue. Mais que reste-t-il à voir ? Des estrades, ici et là, sur lesquelles le visiteur est invité à se percher, l’invitent à prendre de la hauteur, mais sans savoir ce qui est véritablement à voir. Par ailleurs, un système électronique savamment mis en place par les artistes anime l’ensemble des pièces de l’exposition par intermittence, suivant une chorégraphie dont l’homme semble totalement absent.

Un sentiment de désordre et de vacuité, teinté de mélancolie, s’empare du visiteur. Tout ce système animé sur un mode pseudo-joyeux semble tourner à vide. Sur un socle, la statue de Lénine sans tête, avec un moteur à la place du cœur, et reliée à l’arrière à tout un réseau de fils électriques, transforme cette figure messianique du début du XXe siècle en un être totalement soumis à la technologie. Nous voici aux portes de ce que les artistes appellent non sans humour le « Théâtre du désordre ».

« Théâtre du désordre »,
Casino Luxembourg, 41, rue Notre-Dame, Luxembourg (Luxembourg), www.casino-luxembourg.lu

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°708 du 1 janvier 2018, avec le titre suivant : Le ballet technologique de Feipel et Bechameil

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