La Turquie réclame un sarcophage romain découvert fin 2010 aux Ports francs de Genève

Par Doriane Lacroix Tsarantanis · lejournaldesarts.fr

Le 27 mars 2012 - 549 mots

GENÈVE (SUISSE) [27.03.12] – D’après Jean-Marc Renaud, chef des services centraux des douanes suisses, « le sarcophage a été découvert fin 2010, lors d'une opération de contrôle d'inventaire » aux Ports francs de Genève. La Turquie en réclame à présent la restitution, arguant qu’il provient de fouilles illégales près d'Antalya. PAR DORIANE LACROIX TSARANTANIS

C’est à la suite d’une demande d’accès à l'inventaire de la galerie genevoise Phoenix Ancient Art, appartenant aux frères Aboutaam, que les douaniers ont fouillé les entrepôts situés dans les Ports francs de Genève, et ont ainsi découvert un sarcophage romain monumental. La galerie Phoenix dispose d'un show room aux Ports francs, où elle présente ses objets à ses clients, « en toute discrétion et dans une sécurité absolue ».

La Radio Télévision Suisse (RTS) rapporte qu’en 2010, Ali Aboutaam avait proposé le sarcophage à la vente à Jean Claude Gandur, grand collectionneur et mécène du Musée d’art et d’histoire de Genève, mais que l’affaire ne s’était pas conclue, car l’objet éveillait déjà des soupçons. Il est aussi précisé que l’avocat d’Ali Aboutaam, Bastien Geiger (également administrateur de Phoenix Ancient Art) a reconnu que son client a bien proposé le sarcophage à la Fondation Gandur, mais qu’il agissait pour le compte d’un tiers, dont il refuse de dévoiler l’identité. L’avocat affirme par ailleurs que « Phoenix Ancient Art n’est pas visée par la procédure pénale ouverte à Genève », dans la mesure où les antiquités suspectes ont été saisies dans les locaux d’Innana Art Services, société à laquelle la galerie Phoenix fait souvent appel pour entreposer ses objets ou les faire transiter dans un autre pays.

Le sarcophage a été mis sous séquestre par les douaniers, qui ont transmis le dossier au ministère public de Genève. Une enquête avait été ouverte à l’été 2011, et le tombeau de marbre, qui date du IIe siècle ap. J.-C., semble provenir de fouilles illicites près d'Antalya. Il est orné d'une sculpture représentant les douze travaux d'Hercule.

La Turquie a fait parvenir à la justice genevoise une demande de restitution. La conseillère municipale genevoise, Salika Wenger, s’est confiée au Figaro et estime que « les Ports francs de Genève abritent (encore) des œuvres d'art de contrebande ».

Ce sont notamment les commerçants ou les transitaires en douane qui utilisent le système du port franc. Ils y louent des surfaces pour stocker des biens, et l’avantage réside dans le fait qu’ils ne paient ni droits de douane, ni TVA à l’importation, pendant la durée du stockage. Pour 2011, le chiffre d'affaires des Ports francs s’est ainsi élevé à 22 millions de francs suisses (soit 18 millions d'euros). D’après L’Express, 27 % de la surface des entrepôts est louée pour des œuvres d'art, les transitaires en art représentant un quart de la clientèle.

À la suite de plusieurs affaires, dont la découverte en 2003 d'un lot de 200 pièces d'antiquités égyptiennes de très grande valeur (saisies par les douanes puis rendues à l'Égypte), et la mise au jour en 2005 d’un trafic de diamants passant par le Port franc de Genève, les législateurs ont décidé de rendre plus transparent le contenu des locaux.

Ainsi, en vertu de la loi suisse sur les douanes, renforcée en 2009, les locataires des entrepôts doivent réaliser des inventaires détaillés des biens déposés, lorsqu'il s'agit de marchandises « sensibles ». C’est grâce à cette loi que le sarcophage a été découvert.

Légende photo :

Les thermes du site antique de Pergé, situé à une vingtaine de kilomètres d'Antalya (Turquie). Le sarcophage retrouvé à Genève proviendrait de Pergé - © Photo : Seynaeve - 2008 - Licence CC BY-SA 3.0

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