Coup de cœur

La Tour

Par Isabelle Manca-Kunert · L'ŒIL

Le 23 novembre 2021 - 326 mots

« Il y a un siècle, Georges de La Tour n’existait pas, son nom ne figurait sur le cartel d’aucun musée, aucune histoire de la peinture ne le mentionnait.
 » Les lignes d’introduction de la monographie consacrée au célèbre peintre des clairs-obscurs donnent le vertige. Car on pourrait facilement l’oublier, tant sa gloire est assurée aujourd’hui, mais ce génie est un rescapé de l’histoire du goût. Ce maître, adulé et collectionné de son vivant par les plus grands amateurs, à commencer par Louis XIII et Richelieu, fut en effet oublié presque instantanément après son trépas au XVIIe siècle. Un oubli abyssal qui a failli lui être fatal, car les spécialistes considèrent qu’il a engendré la disparition d’une part congrue de son travail et que seul 10% de ses œuvres serait vraisemblablement parvenu jusqu’à nous. « Il a fallu presque un miracle, nous rappelle Jean-Pierre Cuzin, pour que dans les années 1920 et 1930 se dessine à nouveau la personnalité du peintre grâce à une enquête menée avec une ardeur quasi policière, celle que l’on emploie à élucider un mystère, en traquant le nouveau document, en pistant le nouveau tableau. » L’ancien directeur du département des Peintures du Louvre qui a consacré plusieurs ouvrages à ce peintre « en cours de reconstruction » rouvre ce captivant cold-case. Le corpus de La Tour s’apparente en effet à un puzzle. Depuis sa redécouverte, son histoire s’écrit par bribes et au gré de l’émergence de nouvelles œuvres non canoniques. Les experts n’ont depuis un siècle cessé de tenter de remplir les lacunes de cette carrière énigmatique, en multipliant les conjectures. L’auteur dresse le bilan des tâtonnements de ses prédécesseurs et avance ses propres hypothèses. Il soutient notamment une nouvelle attribution, un étonnant Diogène encore en main privée, et propose une chronologie très convaincante. Servi par des illustrations d’une beauté à couper le souffle et porté par une langue des plus agréables, cet opus fera de toute évidence date dans l’étude de ce virtuose. Un indispensable.
Jean-Pierre Cuzin,
Citadelles & Mazenod, 384 p., 189 €.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°749 du 1 décembre 2021, avec le titre suivant : La Tour

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