La Hadopi revendique un bilan pourtant critiqué

Par Thomas Bizien · lejournaldesarts.fr

Le 30 mars 2012 - 495 mots

PARIS [30.03.12] – La Hadopi a publié le bilan de son action entamée depuis un an et demi. Alors que le débat autour du téléchargement semble cristalliser à lui seul les propositions culturelles des candidats à la présidentielle, il se pourrait que le bilan de la Hadopi soit moins positif qu’il n’y paraît. PAR THOMAS BIZIEN

Dans sa présentation officielle, le « bilan indiscutable » de la Hadopi « consolide le rôle pionnier de la France en matière d’adaptation des industries culturelles à l’ère numérique », s’est félicité le président de la République, Nicolas Sarkozy. Dans son rapport, la Haute autorité revendique en effet « un net recul du téléchargement illégal ». Cumul d’audience à l’appui, elle affirme le succès dissuasif de la « réponse graduée », méthode qui consiste à envoyer par étape deux avertissements aux internautes reconnus coupables de téléchargements illégaux, avant d’adresser leur dossier au parquet en cas de réitération. « 95 % des personnes ayant reçu une première recommandation ne se voient plus reprocher de (nouvelle) consommation illicite », précise le rapport.

La Hadopi sous-entend ainsi que la mise en place de la « réponse graduée » a fait basculer les internautes vers les offres de téléchargement légales. La Haute autorité, qui s’appuie sur des chiffres obtenus par Médiamétrie à partir d’un panel d’internautes volontaires, annonce une augmentation de 20 % de l’audience des sites proposant une offre légale. Elle explique ces « quelques belles progressions » par l’amélioration des offres culturelles en ligne, « qui gagnent en quantité et qualité », précise-t-elle. Si les sites d’offre légale ont effectivement connu une hausse de leur fréquentation en 2011, Le Figaro met en exergue une situation plus contrastée. En recalculant les chiffres fournis par Médiamétrie, le quotidien qualifie la hausse de ces audiences de « quasi anecdotiques ».

Dans son rapport la Hadopi semble omettre que les internautes désireux de télécharger illégalement aient pu changer de méthode de piratage. De nombreux indices suggèrent en effet l’abandon progressif de l’usage des réseaux de téléchargement en Peer-to-peer (P2P) vers des services – tout aussi illégaux – de téléchargement direct et de streaming. Or la Hadopi ne peut surveiller que les premiers, les autres stockant les contenus culturels sur des serveurs qui leurs sont propres. Pour mesurer ce phénomène, Le Figaro a comparé la fréquentation des principaux sites de P2P d’un côté, de streaming et de téléchargement direct de l’autre. En septembre 2010, un mois avant l’envoi des premiers avertissements de l’Hadopi, l’audience de la seconde catégorie dépasse la première.

Ainsi, contrairement à ce qu’affirme le rapport, il se pourrait que les Français se soient moins tournés vers l’offre légale et qu’ils aient continué à pirater par des procédés alternatifs. Comme le souligne Le Monde, la récente fermeture du site MegaUpload n’a pas diminué la popularité des sites de téléchargement direct. De nouveaux venus l’ont depuis remplacé.

Nicolas Sarkozy est le seul candidat à la présidentielle à défendre le bilan d’Hadopi. François Hollande souhaite son réaménagement, tandis que d’autres, tel Jean Luc Mélenchon, annoncent vouloir sa suppression.

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Aux dires du rapport de l'Hadopi, les internautes adaptent leurs habitudes de téléchargement aux contraintes de la loi - © Ludosane

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