La folie des collections de marque

Par Isabelle Manca · L'ŒIL

Le 28 mars 2019 - 405 mots

Les expositions consacrées aux remarquables collections privées constituées au XXe siècle sont devenues un genre en soi. Celui-ci est porté par la nature de ces collections qui appartiennent aux courants plébiscités par le public : les avant-gardes.

Hahnloser, Hansen, Chtchoukine, Courtauld, Bührle ou encore Thannhauser, les expositions dédiées aux illustres collectionneurs du XXe siècle se suivent à une cadence endiablée depuis celle consacrée aux Stein, en 2011 à Paris. Cet embouteillage est en partie le fruit d’un hasard du calendrier. « Certaines collections sont parfois disponibles pendant de courtes périodes, dues notamment à la fermeture pour travaux des musées les accueillant en temps normal », explique Agnès Wolff, responsable de la production culturelle chez Culturespaces (structure qui gère, entre autres, les musées Jacquemart-André et Maillol). « Ce sont alors des opportunités extraordinaires de montrer au public français des ensembles d’œuvres d’une grande rareté. Et donc, évidemment, nous saisissons ces aubaines. »

Des aventures romanesques

Si ces collections attirent autant les organisateurs d’expositions, c’est parce qu’elles ont pour dénominateur commun d’héberger des œuvres majeures, appartenant qui plus est aux courants les plus plébiscités par le public : les avant-gardes modernes. Des valeurs sûres dont l’engouement ne se dément pas et qui jouissent dans le cas des grands collectionneurs d’une plus-value romanesque. Car ces collectionneurs, dont le nom agit presque comme une marque, séduisent aussi par leurs destinées hors normes. « Le public semble apprécier ces expositions qui dévoilent les coulisses de la constitution d’éminentes collections. Cet intérêt s’explique évidemment par la qualité des œuvres, mais aussi par la dimension de “storytelling” qu’ont ces manifestations », poursuit Agnès Wolff. « Il y a en effet beaucoup de curiosité sur l’histoire de ces collectionneurs passionnés qui ont dépensé des fortunes et dévolu une partie de leur vie à l’art. »

Sur le plan logistique, ces manifestations, parfois livrées clés en main, sont aussi plus simples pour les organisateurs qui s’épargnent de longues négociations avec de multiples prêteurs pour monter un projet. Si cette formule séduit toujours plus de musées qui font voyager leurs collections, c’est qu’elle est également très avantageuse pour les prêteurs. « L’itinérance de notre collection dans plusieurs villes du Japon nous permet en effet de participer au financement des travaux, mais les sommes récoltées ne représentent pas grand-chose à l’échelle du budget du chantier », reconnaît Ernst Vegelin Van Claerbergen, responsable de la Courtauld Gallery. « Cette tournée est surtout un moyen de faire davantage connaître notre collection pour attirer plus de visiteurs dans notre établissement. »

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°722 du 1 avril 2019, avec le titre suivant : La folie des collections de marque

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