La foire barcelonaise de vidéo Loop livre une édition 2014 particulièrement réussie

Par Alain Quemin · lejournaldesarts.fr

Le 9 juin 2014 - 950 mots

BARCELONE (ESPAGNE) [09.06.14] - Forte de son concept avisé, la 11e édition de la foire de vidéo semble tirer son épingle du jeu dans un marché de l’art espagnol en difficulté. Plusieurs belles propositions parmi les 46 vidéos présentées.

L’édition 2014 de Loop se caractérise par une belle vitalité, tant pour la foire et son concept que pour le média mis à l’honneur, la vidéo. Loop, c’est d’abord le succès d’une idée. Dans une Espagne à l’économie durement touchée par la crise, le marché de l’art apparaît sévèrement ébranlé (près des trois quarts des œuvres contemporaines sont ravalées en ventes aux enchères selon Artprice) et la foire généraliste historique, ARCO la Madrilène, ne parvient plus à attirer les grandes galeries internationales. Loop, quant à elle, prospère sur le segment de niche qu’elle a su investir à partir d’une organisation originale qui place réellement les collectionneurs – de vrais passionnés – au cœur de son fonctionnement.

Depuis 2003, les galeries sont certes choisies, comme dans les autres foires, mais là où celles-ci procèdent en composant des comités de sélection formés essentiellement de galeristes, Loop a institué un comité… d’invitation composé de collectionneurs, la nuance est de taille. Infatigables promoteurs de la vidéo d’art, et soutiens de la foire barcelonaise, les époux Isabelle et Jean-Conrad Lemaître oeuvrent, pour l’édition 2014, aux côtés d’un autre célèbre couple de collectionneurs français, les très conceptuels Josée et Marc Gensollen, ainsi que du Turc (vivant à New York et Zurich) Haro Cumbusyan et de la Néerlandaise Renée Drake. Les collectionneurs sont ainsi au centre de toutes les attentions.

Pourtant, foire de passionnés, Loop intègre la dimension prosélyte en se doublant d’un festival, qui vise le plus grand nombre. La chose est peu commune : des accords sont passés avec des universités qui permettent aux étudiants de visiter Loop gratuitement et l’animation créée par la foire se prolonge en divers lieux de la ville.

La ville, c’est Barcelone, dont le rôle est primordial dans le succès de la manifestation. A ses débuts excentrée dans l’espace de la gare de Sants, Loop a, depuis, gagné l’hyper centre, à deux pas de la place de Catalogne, mais aussi des deux principales institutions d’art contemporain de la ville, le MACBA et le CCCB. Da façon inchangée, depuis ses débuts, Loop se tient dans un hôtel, les vidéos étant présentées dans des chambres qui deviennent autant de stands, chaque galerie ne montrant qu’une seule œuvre.

Conséquence de la forte présence française dans le comité d’invitation, la présence des galeries tricolores est très marquée à Loop avec pas moins de 14 d’entre elles, loin devant les galeries espagnoles (au nombre de 6) et allemandes (5). Le reste des participants se partage entre un nombre très divers de pays, dont beaucoup n’ont pas toujours accès aux foires internationales de qualité (Portugal, Pologne, Roumanie, Turquie, Inde, Afrique du Sud et même Nigéria).

Tous les galeristes louent l’organisation de Loop, une foire bon marché, puisque les « stands » y sont proposés à 3.900 euros tout équipés, et le coût de transport des œuvres inexistant. Ceci permet de rentrer facilement dans ses frais, que ce soit directement lors de la foire ou dans les semaines suivant celles-ci grâce aux nouveaux contacts rencontrés. Car, s’il est souvent difficile de montrer des vidéos dans des foires généralistes et de toucher le public des collectionneurs, Loop remédie justement à cela. Les prix moyens des œuvres se situent aux alentours de 5.000 ou 6.000 euros, certaines vidéos pouvant grimper, en 2014, jusqu’à 37.000 euros, quand la mise de départ reste très modérée, à 1.200 euros seulement. Quelques rares œuvres sont uniques, la plupart sont éditées à 5 ou 6 exemplaires, plus rarement à 10, et elles s’accompagnent généralement de quelques épreuves d’artistes.

Signalons que, sur le marché de la vidéo, le prix des œuvres augmente quand on progresse dans le nombre des pièces qui ont été produites, la dernière édition vendue étant la plus chère.

En 2014, sur les 46 vidéos montrées à Loop, pas moins de 17 le sont pour la première fois. D’excellente qualité, la sélection donne à voir une très belle vitalité du médium. Avec de très jeunes talents prometteurs comme la poétique Jisun Lee (25 ans), chez Martine et Thibault de la Châtre, proposée à 1.200 euros, l’onirique et surréaliste Pierre Mazingarbe (26 ans et déjà couronné du Prize Studio Collector 2013) de la galerie Dix9, ou le performeur sud-africain Mohau Modisakeng, 28 ans, montré par la Brundyn Gallery du Cap.

La foire présente aussi des œuvres d’artistes confirmés, voire de stars de l’art contemporain qui peuvent atteindre des niveaux de qualité époustouflants. Chez Marlborough Contemporary, Sigalit Landau se caractérise toujours par une intelligence remarquable dans l’évocation du conflit israélo-palestinien. Autre temps fort, le film, de plus d’une heure, de la Finlandaise Elina Brotherus, chez gb agency, prolonge admirablement ses photographies les plus célèbres. Voilà des instants de baignade, dans une nature magnifique de sérénité et de grandeur, que l’on n’oubliera pas. Le clou de la foire reste toutefois l’œuvre magistrale d’Oscar Munoz, La Mirada del Ciclope (Bernal Espacio Galleria), brève et hypnotique vidéo de 2 minutes 19 seulement (30.000 euros) qui rend avec une acuité fulgurante toutes les possibilités plastiques de l’image animée, soit l’essence même de la vidéo. Déplaçant dans la lumière un masque auparavant moulé sur son visage, vu ici en creux, l’artiste parvient à lui donner vie et à enchainer les expressions par la magie des éclairages. L’œuvre donne envie de se précipiter à l’exposition que consacre actuellement, à Paris, le Musée du Jeu de Paume à Oscar Munoz.

Loop Fair

Du 5 au 7 juin 2014, 17 h – 21 h, Carrer de Pe-lai, 28, Barcelona
Site Internet de Loop : www.loop-barcelona.com

Légendes photos

Oscar Muñoz, La mirada del cÁ­clope, 2014, 12’15’’. Présentée à LOOP 2014 par Bernal Espacio GalerÁ­a, Madrid - Courtesy Bernal Espacio

Stefan Constantinescu, Six Big Fish, 2013, 34’ - Présentée à LOOP 2014 par la Galleri Flach, Stockolm - Courtesy Stefan Constantinescu

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