Samedi 16 novembre 2019

Paris-12e

La collection Karmitz, tout un film !

La Maison rouge - Jusqu’au 21 janvier 2018

Par Christine Coste · L'ŒIL

Le 22 novembre 2017 - 329 mots

« Grâce aux revenus générés par cinéma », le fondateur de la société de production et de distribution de films, et d’exploitation de salles de cinéma MK2, a acquis beaucoup de peintures et de sculptures. Mais ça, c’était avant de basculer dans la photographie.

Le Mineur (1937) de Gotthard Schuh, portrait d’un jeune garçon au visage noirci de charbon et au regard rayonnant, a donc été le premier achat de Marin Karmitz. Christer Strömholm, Anders Petersen et J.H. Engström sont venus ensuite le rejoindre dans la collection, à l’instar de Michael Ackerman, Josef Koudelka, Antoine d’Agata ou Dieter Appelt, avant que le collectionneur ne s’intéresse plus récemment à la photographie américaine. Des ensembles d’une grande cohérence se sont ainsi constitués, « par besoin de connaître l’œuvre et par ce qu’elle raconte ». Les regards, les situations expriment souvent la révolte ou la résistance face à l’adversité. Le noir et blanc et la figure humaine dominent. Lewis Hine, Roman Vishniac comme Stanislaw Ignacy Witkeiwicz, tous sont porteurs de l’histoire du XXe siècle à l’instar d’Alberto Giacometti, Tadeusz Kantor, Christian Boltanski et Annette Messager. Leurs pièces entrent en résonance.

L’exposition « Étranger résident » donne de fait plus qu’un aperçu de l’ampleur et des spécificités de la collection, elle est un autoportrait de Marin Karmitz par séquences, par fragments. Le propos est tout un film. Son histoire, ses basculements et préoccupations s’y expriment dans une puissante cohérence. La toile Avant le massacre (1939) de Louis Soutter préfigure les déracinements, les génocides causés par la Shoah. La disparition hante la collection. En témoigne entre autres la séquence photographique de Duane Michals sur l’esprit d’un homme qui quitte son corps allongé.

Dans ce voyage subjectif dans le XXe siècle, Chris Marker et Abbas Kiarostami tiennent également une place importante, sans oublier Samuel Beckett, autre grande figure de cette histoire que viennent rappeler le portrait par François-Marie Banier de l’écrivain marchant sur une plage à Tanger, et le film Comédie réalisé en 1965 par Martin Karmitz avec l’écrivain et dramaturge.

« Étranger résident, la collection Marin Karmitz »,
La Maison rouge, Fondation Antoine de Galbert, 10, boulevard de la Bastille, Paris-12e, www.lamaisonrouge.org

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°707 du 1 décembre 2017, avec le titre suivant : La collection Karmitz, tout un film !

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