La collection de Giovanni

L'ŒIL

Le 18 janvier 2008

« Le collectionnisme est une maladie, une fièvre, un vice impuni, comme la lecture pour André Gide. (...) Elle est (pour le collectionneur) sa forme de création, certes modeste, mais indéniablement une création, l’on pense à Isabelle d’Este, à Pierre-Jean Mariette, à Peggy Guggenheim, à Cassiano dal Pozzo, une sorte de création à cultiver comme un jardin secret ou au contraire à partager avec les autres » explique Pierre Rosenberg dans la préface du catalogue de la Pinacothèque.
En ouvrant cette Pinacothèque, Giovanni Agnelli a exprimé le souhait de vouloir partager avec les visiteurs le plaisir et l’émotion que lui-même a ressenti en découvrant les différentes œuvres qui constituent aujourd’hui sa collection. Déjà en 1961, il avait projeté de demander à Carlo Scarpa de concevoir un musée à Villar Perosa. Puis il a abondonné l’idée. Depuis, il y a eu l’exemple du Palazzo Grassi, véritable réussite en ce qui concerne le mécénat culturel. « L’expérience de Venise nous a énormément servi, comme laboratoire, à une période où les rapports entre les institutions publiques, les entreprises privées et le monde culturel bougeaient rapidement. » Giovanni Agnelli a voulu appliquer à Turin la formule réussie de Venise et s’est lancé dans le projet d’une Pinacothèque au Lingotto.
Il ne faut rechercher aucune thématique particulière dans l’ensemble des tableaux sélectionnés. Les points forts en sont cependant les toiles de Matisse, Femme et anémones de 1937 ou Tabac Royal de 1943. Il s’interroge d’ailleurs sur la rareté des œuvres de l’artiste français dans les musées italiens. « Matisse nous conduit dans un monde concret, contemporain, loin, très loin pour celui qui s’est formé à l’esthétique mystique du Beato Angelico », souligne ironiquement Agnelli. Autre toile autre coup de cœur. C’est le grand critique d’art Kenneth Clark qui lui fait découvrir La Baigneuse blonde de Renoir (1882). Un nu féminin qui le fascine immédiatement même s’il reconnaît que la peinture de Renoir peut parfois sembler ennuyeuse. Le plus audacieux de ses chefs-d’œuvre est sans conteste Velocità astratta de Balla, réalisé en 1913 sur le thème de la vitesse automobile. Le recours à l’abstraction est pour ainsi dire « justifié » par la perte de netteté que subit un objet lancé à grande vitesse. Puis viennent six vedute de Venise  du Canaletto, deux vues de Dresde de Bernardo Belloto, deux sculptures d’Antonio Canova, L’Hétaire de Picasso, qui date de sa période bleue,   La Négresse d’Edouard Manet, un Nu couché d’Amedeo Modigliani,... un vrai cabinet d’amateur en somme. Giovanni Agnelli avoue cependant que certaines œuvres qui lui semblaient révolutionnaires il y a quelques années se sont finalement révélées en phase avec leur siècle alors qu’en revanche d’autres ont pris avec le temps une valeur novatrice. « Ça m’est arrivé à moi aussi : j’ai imaginé une collection d’avant-garde et j’en découvre une classique ! »

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°541 du 1 novembre 2002, avec le titre suivant : La collection de Giovanni

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