Julien Lecêtre : « Un salon n’est rentable qu’avec 60-70 exposants »

Par Christine Coste · lejournaldesarts.fr

Le 6 avril 2016

PARIS [06.04.16] - Julien Lecêtre, directeur général de Art Paris Art Fair réagit au projet du Comité professionnel des galeries d’art et de son président Georges-Philippe Vallois de créer un salon. Il revient aussi sur son association avec Photo London et sur les raisons de l’échec de France Conventions à Singapour.

Quelle est votre position sur la création du salon envisagé par le Comité professionnel des galeries d’art ?
Julien Lecêtre.
C’est étonnant de vouloir créer un autre événement alors que le comité a d’abord un rôle en tant que syndicat, un rôle politique, un rôle de lobbying et de diffusion d’informations. Notre père (NDLR : Patrick Lecêtre, P.-D.G. du groupe Blenheim, spécialisé dans l’organisation de salon) a créé le Label Paris Capitale de la Création qui est complètement mobilisé par le monde du design et de la mode. L’art n’y a jamais eu droit. Il y a un label à créer. Le comité aurait son mot à dire en la matière. Créer un salon demande une année de travail en sachant qu’aujourd’hui le business plan d’un salon ne peut être rentable à moins de 60-70 exposants. C’est un véritable métier. Rappelons aussi que le comité professionnel des galeries d’art est partenaire depuis cinq ans de Art Paris Art Fair.

En 2015, vous vous êtes associés à hauteur de 25 % à la première édition de Photo London version Candelstar. Pour quelles raisons ?
J.L.
Michael Benson et Fariba Farshad, organisateurs entre autres du prix Pictet, connaissent très bien leur marché et sont soutenus sur le terrain. Pendant deux ans, ils ont travaillé à la relance de cette foire. Notre expérience sur les salons, qu’ils n’avaient pas, les a intéressées. Toutefois, nous ne sommes absolument pas ordonnateur, et ne cherchons pas à l’être.

Votre participation a-t-elle augmenté cette année ?
J.L.
Non. Elle aurait augmenté si leur première édition avait échoué. Or elle s’est bien déroulée, et Photo London est en pleine expansion.

Reed Expositions France a échoué dans sa relance de Photo London, du moins n’a pas continué après une première édition ratée en 2007. Après trois éditions, le groupe vient de mettre un terme à Paris Photo Los Angeles. Quelle analyse faites-vous de l’échec répété de Reed à l’international ?
J.L.
Je ne vais pas leur jeter la pierre. C’est très dur de créer un événement. Reed est un groupe phénoménal quand il s’agit de faire de l’optimisation, du développement. La création d’un nouveau produit demande une équipe spécifique à plein temps. D’autre part est-ce que le marché de l’art de Los Angeles est mature ? Pas forcément quoi que… en recrutant des personnes connaissant parfaitement le marché américain et qui travailleraient sur place durant toute une année….

L’Amérique du Nord est-elle un marché où vous aimeriez vous engager ?
J.L.
Avant d’investir sur un marché nous investissons sur des personnes, sur leur capacité à fédérer un marché, puis nous analysons l’environnement concurrentiel. L‘Amérique du Nord est bien évidemment un marché passionnant et très dynamique. Mais de très puissants opérateurs y sont déjà très bien implantés. Toutefois si les bons partenaires se présentaient à nous… « Yes we can » !

Avant de reprendre Art Paris Art Fair, France Conventions, que vous dirigez depuis 2011 avec votre sœur Valentine Lecêtre, avait lancé Art Stage Singapore sous la direction de Lorenzo Rudolf. Pourquoi vous êtes-vous retirés ?
J.L.
Nous avons fait une erreur avec Lorenzo Rudolf. En 2011 nous lui avons donné la direction artistique d’Art Paris et en même temps nous nous sommes associés financièrement avec lui sur Art Stage Singapour. Le résultat était malheureusement prévisible. Lorenzo a passé à peine un mois à Paris pour s’occuper d’Art Paris et tout le reste de son temps sur le lancement d’Art Stage Singapour dont il était actionnaire. Art Paris 2011 a donc été une édition très difficile sans réelle direction artistique. Nous nous sommes séparés de Lorenzo Rudolf sur Art Paris et ne pouvions pas rester associés avec lui sur Singapour.

Pensez-vous revenir en Asie du Sud-Est ?
J.L.
C’est une histoire de rencontres, une histoire d’appuis sur place. Nous avons été tristes de devoir nous retirer de Art Stage Singapore. Car cette zone est vraiment passionnante. Que ce soit en Asie du Sud-Est, de la Chine ou de Hong Kong, il y a un développement à la hauteur d’un peuple tout entier.

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Julien Lecêtre - Photo courtesy Julien Lecêtre

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