Interpol s’immisce dans le conflit entre la Russie et l’Ukraine

Par Emmanuel Grynszpan, correspondant à Moscou · lejournaldesarts.fr

Le 18 août 2017 - 465 mots

LYON (AUVERGNE-RHONE-ALPES) [18.08.17] – La Russie s’était emparée d’un ensemble de toiles de peintres renommés du XIXème au moment de l’annexion de la Crimée. L’Ukraine voudrait les récupérer. Interpol vient de lancer un avis de recherche sachant parfaitement où elles se trouvent.

Interpol a répondu favorablement à une requête de l’Ukraine visant à récupérer 52 peintures annexées par la Russie en même temps que la Crimée en mars 2014. L’agence internationale a placé jeudi les 52 oeuvres d’art sur une liste de biens culturels recherchés.

Certaines de ces peintures sont extrêmement populaires en Russie et en Ukraine. Il s’agit de Clair de lune d’Ivan Aïvazovsky (1817-1900, un peintre d’origine arménienne), du Chemin de forêt d’Ivan Chichkine (183-1898) et du Marais d’Isaac Levitan (1860-1900). La localisation actuelle de ces oeuvres est parfaitement connue de tous : elles se trouvent au Musée d’art de Simféropol, où la collection était abritée depuis plusieurs décennies. Simféropol est la capitale administrative de la Crimée, donc sous juridiction russe par la force des choses. Interpol, dont la Russie est membre, se place ainsi du côté ukrainien dans un litige qui semble parti pour durer des décennies. 

Le procureur de la République autonomie de Crimée (selon la dénomination officielle ukrainienne) Goundouz Mammadov a indiqué jeudi dans un communiqué que « les 52 peintures, créées par des artistes des 18 et 19ème siècles, appartiennent au fonds muséal de l’Ukraine. Elles ont été illégalement transférées au Musée d’art de Simféropol en mars 2014 ». 

Avant son transfert, la collection se trouvait au Musée des beaux-arts de Marioupol (dans le Sud-Est de l’Ukraine), prêtée pour une exposition temporaire. Au lieu de garder la collection en attendant une décision de Kiev, Marioupol l’avait renvoyée à son port d’attache habituel en dépit des graves troubles qui avaient saisi la région. L’armée russe ayant pris de facto le contrôle de la péninsule dès la fin février 2014, le transfert n’a été possible qu’en raison de la profonde désorganisation des administrations ukrainiennes.

Goundouz Mammadov estime la valeur totale des 52 oeuvres à 1,3 million de dollars, ce qui paraît fortement sous-estimé. Les oeuvres importantes de Levitan s’échangent au-dessus du million de dollars. Chichkine dépasse les trois millions de dollars et Aïvazovsky atteint 5 millions de dollars.

Le nombre de litiges - y compris culturels - entre l’Ukraine et la Russie ne fait qu’augmenter avec le temps. Jusqu’ici le principal contentieux concernait l’or des Scythes, dont la collection était partagée entre trois musées de Crimée, mais qui se trouvait aux Pays-Bas au moment de l’annexion. Kiev, qui réclamait la souveraineté sur ces trésors archéologiques, a obtenu en décembre 2016 d’un tribunal d’Amsterdam que les objets lui soient retournés aux dépends des musées de Crimée. Pour les 52 peintures passées sous le nez de Kiev, il est peu probable qu’Interpol impressionne les Russes.

Légende photo

Ivan Chichkine, Le sentier dans la forêt, 1880, huile sur toile

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