Mercredi 26 janvier 2022

Human Rights Watch note de trop faibles améliorations des conditions de travail des ouvriers des chantiers culturels d’Abou Dhabi

Par Chloé Da Fonseca · lejournaldesarts.fr

Le 23 mars 2012 - 679 mots

ABOU DHABI (ÉMIRATS ARABES UNIS) [23.03.12] – À la suite d’un rapport de 2009 dénonçant l’exploitation et les abus qui pèsent sur les travailleurs migrants sur les chantiers de l’île de Saadiyat, Human Rights Watch a publié un second rapport, « Retour à l’île du bonheur : rapport intérimaire sur les engagements institutionnels concernant les abus subis par les travailleurs migrants sur l’île de Saadiyat à Abou Dhabi ». PAR CHLOÉ DA FONSECA

Depuis plusieurs années, les Émirats Arabes Unis oeuvrent pour la conversion de l’île de Saadiyat (« île du bonheur » en arabe) en un lieu culturel et touristique international. L’île accueillera notamment une succursale de l’université de New York et des annexes des musées du Louvre et du Guggenheim, ainsi qu’un centre de performances artistiques. D’octobre 2010 à janvier 2012, Human Rights Watch (HRW) a travaillé à la mise à jour des conclusions d’un rapport de mai 2009 qui recensait l’exploitation et les abus que subissaient les ouvriers migrants originaires d’Asie du Sud. L’institution dénonçait également l’absence de protection juridique et la violation des droits de l’homme sur les chantiers.

À la suite du rapport de 2009, les agences gouvernementales Tourism Development and Investment Company (TDIC) et Abu Dhabi’s Executive Affairs Authority (EAA), ainsi que les entreprises impliquées dans le développement de l’île, se sont engagées à prendre des mesures afin de lutter contre les abus qui pèsent sur les ouvriers. Des entretiens avec une cinquantaine d’employés ont permis de constater que, malgré ces engagements et en dépit de « quelques améliorations dans les conditions de travail », les abus se poursuivent.

Le nouveau rapport de l’organisation mondiale confirme certaines améliorations : le paiement régulier des salaires, l’octroi de pauses et de jours de congés, ainsi que la prise en charge par l’employeur d’une assurance médicale. Depuis 2009, les Émirats Arabes Unis ont entrepris des réformes dans le droit du travail, concernant notamment l’interdiction de travail pendant les heures les plus chaudes de la journée de juillet à septembre. En janvier 2011, une nouvelle réglementation était mise en place pour lutter contre les pratiques des agences de recrutement qui piègent les travailleurs étrangers en leur faisant payer des frais de recrutement et signer de faux contrats. Ces mesures gouvernementales représentent « un engagement véritablement positif ».

Un ouvrier originaire du Bangladesh qui a travaillé 16 mois sur l’île de Saadiyat témoigne avoir dû débourser près de 2 700 dollars (2 050 euros) pour obtenir cet emploi. « Je n’ai pas signé de contrat, l’agence a signé pour moi. Ils m’ont dit que j’aurai un salaire de 900 dirhams (186 euros). Mais je n’ai eu que 600 dirhams (124 euros) ». La plupart des travailleurs interrogés ont également signalé un important manque d’information sur les termes de leur contrat d’embauche avant leur arrivée. Sur les 47 ouvriers interrogés pour l’enquête, un seul confirme avoir conservé son passeport, tous les autres affirment que leurs employeurs leur ont confisqué.

Ainsi, il existe encore de nombreuses lacunes auxquelles le présent rapport tente de mettre enfin un terme. Les institutions impliquées dans le développement de l’île s’étaient notamment engagées à nommer des observateurs indépendants pour surveiller le respect des mesures mises en place ; aujourd’hui, aucun rapport concernant un programme de surveillance ou des conclusions de ces observateurs n’a été communiqué.

La TDIC estime cependant que le rapport d’HRW, dont l’enquête date d’il y a plus d’un an et porte sur un échantillon extrêmement restreint d’ouvriers interrogés représentant un nombre limité d’entreprises, est « obsolète et inexact » et affirme que toute infraction à l’application des mesures de protection des ouvriers par un entrepreneur entraînera une amende ou la fin du partenariat.

« Il y a un risque élevé que les conditions de travail ne changent pas de manière substantielle et que les entrepreneurs abusifs continuent de violer les normes destinées à protéger les droits des travailleurs, et les travailleurs continueront à faire face à l’exploitation avec des informations insuffisantes sur leurs droits ou leurs possibilités de recours », s’inquiète HRW. L’organisation internationale réclame donc un renforcement de la responsabilisation des différents partenaires : des directives de surveillance claires, un contrôle indépendant et neutre, et la divulgation complète des informations recensées sur le terrain et des conclusions des enquêteurs.

Légende photo :

Tests de lumière sur une maquette du dôme du futur Louvre sur le chantier d'Abou Dhabi - © Photo : Panoramas - 2010 - Licence CC BY-ND 2.0

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