Mardi 11 décembre 2018

Grasso dans le bureau d’Hollande

Par Henri-François Debailleux · lejournaldesarts.fr

Le 6 janvier 2017 - 491 mots

PARIS [06.01.17] - Le film de Laurent Grasso « Elysées » est présenté pour la première fois dans son intégralité à Paris, à la galerie Perrotin. Il porte une esthétique interrogation sur ce qu’est un lieu de pouvoir.

Ceux qui n’ont pas eu la chance d’aller à Ajaccio cet été, vont avoir une séance de rattrapage. Le film « Elysées » qui était présenté au Palais Fesch dans le cadre de son exposition personnelle intitulée « Paramuseum » (JDA n°462) va en effet être projeté une semaine à Paris à la galerie Perrotin, la galerie de l’artiste.

L’occasion est donc belle de ne pas rater ce macro travelling, lent, long, magnifique au cours duquel la caméra prend le parti de scruter tous les détails du salon doré de François Hollande, comme si elle les passait au scanner, pour porter une interrogation sur les lieux de pouvoir et leur temps suspendu.

Filmée en 35mm, avec une vraie équipe de cinéma (grue, bras, dispositifs divers) et une caméra équipée d’objectifs macroscopiques pour capter la patine et l’épaisseur des choses, l’image hypnotique va et vient, effleure les ors et les boiseries, passe du sol au plafond, s’accroche à un lustre, se pose sur un huissier, aussi immobile qu’une cariatide, qui semble faire partie du décor, s’aventure au travers des fenêtres pour faire découvrir les jardins, s’attarde sur la décoration et les objets qui font partie des meubles (si l’on peut dire) et sur ceux qui sont la marque de François Hollande.

On passe ainsi d’un bras de fauteuil en très gros plan, du motif de son dossier, de tentures diverses aux objets plus personnels, plus intimes comme cette série de petites voitures de collection (voitures de course, de présidents…) disposées sur la cheminée ou ces quelques livres (l’un sur François Mitterrand, l’autre de Diderot, etc…). Ou sur le plateau du bureau, avec ces feuilles à en tête du Président de la République, certaines annotées de son écriture, ou encore des dossiers en cours, des unes et des coupures de journaux, son stylo, comme s’il venait de s’absenter deux minutes, seule trace de vie dans cette immobilité absolue et ce temps qu’on pourrait croire totalement figé, s’il n’y avait ce balancier d’une horloge pour venir le marquer.

« Cela fait longtemps que je m’intéresse à cette question : comment l’architecture et les arts sont-ils utilisés pour donner un cadre, une esthétique, une mise en scène au pouvoir », indique l’artiste qui par le passé avait déjà réalisé « Construction of history » en 2006 et « Silent movie » en 2009 sur le cadre carcéral et l’architecture de surveillance.

« Elysées 2016 »

16mn 29s, musique Nicolas Godin, (du groupe Air) à la galerie Perrotin, 76 rue de Turenne, 75003, tél. 01 42 16 79 79, du 7 au 14 janvier, mar-sam 11h-19h. Sam 7 à 17h30, conversation avec Laurent Grasso, Philippe Costamagna, directeur et conservateur du Palais Fesch-musée des Beaux-Arts d’Ajaccio et Arnauld Pierre, historien de l’art.

Légende photo

Salon doré du Palais de l'Élysée © Photo Chatsam - 2010 - Licence CC BY-SA 3.0

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