Dimanche 8 décembre 2019

Amsterdam (Pays-Bas)

Grand angle sur l’Europe d’en haut

Rijksmuseum - Jusqu’au 3 juin 2018

Par Dominique Vergnon · L'ŒIL

Le 30 avril 2018 - 329 mots

La présentation au public néerlandais des tableaux exécutés en 1634 par Rembrandt et acquis conjointement par la France et les Pays-Bas immortalisant Maerten Soolmans et Oopjen Coppit sert de prétexte à la réunion d’une quarantaine de portraits en pied, grandeur nature, tous aussi spectaculaires que rarement vus.

Cinq autres pendants escortent le couple qui retrouve après une minutieuse restauration un somptueux éclat et toutes ses nuances de noir. Le parcours met en scène ceux qui formèrent pendant quatre siècles l’élite politique et intellectuelle européenne. Avec ces immenses et coûteux formats, elle voulait affirmer son statut social, asseoir son pouvoir et passer à la postérité. Sertis des attributs de leur puissance, épées, chiens, bijoux, des rois, des reines, des ducs et des ladies, mais aussi des dignitaires oubliés et des négociants enrichis, posèrent devant les maîtres du moment, Cranach, Véronèse, Velázquez, Van Dyck. Aux postures convenues du début succèdent, après 1750, les comportements naturels (David Lyon par Lawrence) puis les attitudes libérées (Samuel Pozzi par Sargent). De l’aristocratie on passe à la bourgeoisie. Laissant de côté la dignité, certains peintres privilégient la psychologie des modèles (Marcellin Desboutin par Manet). Les fonds évoluent, de même que les factures. Au seuil de la Grande Guerre marquant la fin du genre, Boldini emprunte à Frans Hals ses coups de pinceau et Munch brosse un capitaine d’industrie avec une économie de couleurs calculée. Dénominateur commun, l’excentricité née de la fortune rejoint l’extravagance voulue par les modes. Contrepoint de taille au déploiement précédent, revers de la respectabilité affichée, quatre-vingts gravures non reprises dans le catalogue et sorties des collections du musée retracent, dans deux salles à part, trois siècles de galanterie et de beuverie. De Pieter Jansz Saenredam à Fragonard et Hogarth, c’est un éventail de libertinage osé voire provocant de ce qu’au XVIIIe siècle les nobles appelaient des « dissipations ». Un détour en rien obligatoire !
 

« High Society, de Cranach à Velázquez et de Rembrandt à Manet »,
Rijksmuseum, Museumstraat 1, Amsterdam (Pays-Bas), www. rijksmuseum.nl

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°712 du 1 mai 2018, avec le titre suivant : Grand angle sur l’Europe d’en haut

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