Georges Jouve

Dans le regard d’un galeriste

L'ŒIL

Le 1 avril 2004 - 784 mots

Patricia et Philippe Jousse soutiennent depuis le début des années 1980 les meilleurs créateurs français des années 1950. Parmi ceux-ci, Georges Jouve (1910-1964) bénéficie d’une cote exceptionnelle, due aux relations privilégiées qu’il a entretenues avec Jean Prouvé et Charlotte Perriand.
Entretien avec Philippe Jousse.

 D’où vient votre intérêt pour Georges Jouve ?
Je me suis passionné pour l’œuvre de Jouve très tôt, dès 1981, avant même d’avoir une galerie. Ce qui m’a tout de suite attiré chez lui, c’est son rapport à l’art moderne, sa recherche de l’épure, l’économie de moyens, exactement comme chez Jean Prouvé. Sa liberté était totale, elle lui permettait de se renouveler sans tenir compte des modes. Son œuvre est grave sans manquer d’humour, elle est intuitive et rigoureuse, il fait preuve d’une grande culture tout en sachant rester modeste.

Quel fut votre premier achat ?

La jardinière Poule blanche. Elle a appartenu à une grande décoratrice des années 1950. Elle figure toujours dans notre collection.

Quel est votre dernier achat ?

C’est un secret… Une œuvre à la fois emblématique et spectaculaire, que nous dévoilerons lors de notre prochaine exposition sur Jouve. L’une de nos dernières acquisitions est un vase blanc décoré d’une spirale noire : c’est la seconde fois seulement en vingt ans que je vois cette pièce, c’était un achat très agréable.

Quelle est la période que vous appréciez le plus ?

Les années 1950, les premiers vases aux formes libres, sans décor. Mais aussi la série des vases trapus de 1949, avec leurs décors très expressifs et matiéristes. Mais nous apprécions plus particulièrement les formes sobres comme les Pommes, les Bananes, les Galets qui vont bien avec le mobilier 1950. Ce sont les pièces les plus fortes de Jouve, là où son œuvre prend toute son importance.

Cherchez-vous « désespérément » un modèle ?

Les pièces majeures que nous avons déjà vendues… Je pensais à l’époque que nous pourrions en retrouver assez facilement, même si j’avais conscience de leur rareté. Je pense par exemple au vase Soleil, à la Molaire, ou au grand Pot noir. Mais je dois dire que les plus belles pièces sont déjà passées entre nos mains.

Quelle période de son œuvre devient plus rare ?

Toutes maintenant, même les formes les plus simples comme la Banane.

Cela explique-t-il la cote élevée des prix de Jouve par comparaison avec d’autres céramistes de son époque ? Pourquoi cette différence ?

Avec cinquante ans de recul, on arrive à défendre toujours mieux l’œuvre d’un artiste. Jouve a été « redécouvert » en même temps que Perriand, Prouvé, Mouille, Noll, des créateurs dont l’œuvre a été considérée comme importante de leur vivant, et qui font partie du panthéon des grands créateurs du XXe siècle. La cote de Jouve se situe, toute proportion gardée, au niveau des grands de son temps.
La galerie Jousse-Seguin en 1995 a été la première, avant toute institution muséale française, à proposer une rétrospective de plus de deux cents pièces alors que la situation du marché était critique. En effet, et il y avait des pièces majeures, comme le grand Pot noir, les Quatre Âges de la vie, tous les premiers vases des années 1950. Nous avons bénéficié dès le départ de l’aide de la veuve de l’artiste, Jacqueline Jouve, qui l’avait toujours soutenu de son vivant, et qui continue ce travail de reconnaissance.

Quel a été l’impact de l’exposition sur la cote de l’artiste ?

Nous n’avons pas vendu tout de suite les pièces les plus importantes, bien que les prix fussent encore relativement bas. Il a fallu encore deux ans pour que le travail soit vraiment reconnu. Cette exposition a marqué les esprits, on voyait même certains collectionneurs revenir cinq ou six fois, ce qui est rare.

Les musées ont-ils acheté ?

Non. En revanche nous avons vendu à des clients américains liés aux musées en tant que donateurs, mais qui achetaient d’abord pour leur propre collection.

Dressez-moi un portrait-robot du collectionneur de Jouve...

Il n’y a pas un collectionneur type, il y a évidemment les amateurs de céramique, mais surtout ceux du mobilier des années 1950, sans oublier les collectionneurs venus de l’art moderne et contemporain. Jouve intéresse aussi bien des collectionneurs français qu’étrangers, principalement les Américains. Nous avons fait entrer Jean Prouvé dans les plus grandes collections d’art contemporain au monde. On y est arrivé également avec Jouve, mais à un degré moindre.

Quels sont vos prochains projets concernant Georges Jouve ?

Nous sommes sa principale galerie… Nous préparons une grande exposition, programmée en juin ou en septembre 2004, pour laquelle nous aimerions beaucoup publier un catalogue.

Galerie Jousse Entreprise, PARIS, 34 rue Louise Weiss, XIIIe, tél.01 53 82 13 60, www.jousse-entreprise.com, e-mail : infos@jousse-entreprise.com. Cf. aussi p. 112.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°557 du 1 avril 2004, avec le titre suivant : Georges Jouve

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