Galeries étrangères Une confiance renouvelée

Par Pauline Vidal · Le Journal des Arts

Le 12 octobre 2016

Comptant sur la présence des institutions et des grands collectionneurs français et européens, les galeries étrangères abordent la 43e édition de la Fiac avec optimisme.

«La Fiac est une des meilleures foires en termes de public. Le lieu est imbattable ! C’est l’occasion de montrer des choses hors norme, des choses plus sophistiquées qu’ailleurs », déclare Pierre Ravelle-Chapuis de la galerie new-yorkaise Van de Weghe. Malgré le contexte international et une image de Paris très négative véhiculée par les médias, l’attrait de la Fiac et de son écrin sous la verrière du Grand Palais reste puissant dans le monde de l’art. Le nombre total de galeries étrangères demeure stable (133), avec une large dominance américaine (34), puis viennent les allemandes (26) et les italiennes (14) quasi ex æquo avec les anglaises (13). Les poids lourds internationaux ont répondu présents en nombre. Notons les départs surprenants de Hauser and Wirth (à l’origine d’importants solo show et pourtant vu à Frieze London), et de la Luhring Gallery, en revanche, elle, absente à Frieze.

« Malgré les attentats »
« Face à l’explosion du nombre de foires et d’événements, il y a peut-être un effet de fatigue et un sentiment de dispersion. On préfère se concentrer sur une seule foire avec une très bonne proposition. Depuis environ un an, on ressent aussi cette fatigue face aux foires chez les collectionneurs », analyse le galeriste berlinois Mehdi Chouakri qui entretient une relation de cœur avec la Fiac. « Les collectionneurs français sont passionnés et très informés. Leur rapport intime à l’art me plaît beaucoup. » Il présente des nouvelles pièces de Saâdane Afif inspirées d’un poème de Rimbaud, ou encore un triptyque de Hans-Peter Feldmann, hommage aux femmes assises dans l’histoire de l’art. « Nous sommes assez optimistes pour cette édition, déclare Gérard Faggionato chez David Zwirner, car même si la situation française n’est pas bonne en ce moment, nous avons de très bonnes relations avec les collectionneurs français. Il y a les grands collectionneurs comme François Pinault et Bernard Arnault qui tirent le marché vers le haut, mais aussi de petits collectionneurs très actifs, ainsi que les fondations. Durant les vingt-quatre premières heures, on leur réserve nos pièces. » Sur son stand, une installation vidéo de Sherrie Levine réalisée à partir d’une œuvre de Bonnard dialogue avec un tableau d’Oscar Murillo et des meubles et des sculptures de Franz West, présent aussi chez Eva Presenhuber, qui a également sélectionné des œuvres de Justin Matherly, nouvelle recrue la galerie.

« Malgré les attentats en Europe, le Brexit en Angleterre, le monde de l’art se porte bien », poursuit David Juda, directeur de la Annely Juda Fine Art qui rend hommage à François Morellet, décédé en mai dernier, à travers des œuvres de 2008 et 2015. Ses collectionneurs ? « Des Allemands et des Suisses majoritairement, et des Français bien sûr ! » « Le Brexit a été un coup dur pour les Londoniens. Cela n’a pas encore de répercussions sur le marché de l’art, mais nous avons besoin plus que jamais de consolider nos contacts hors du Royaume-Uni », souligne le directeur de Sadie Coles, qui relève le défi d’un solo show consacré à Urs Fischer.

« Une foire très intellectuelle »
« Comme chaque année, nous concevons le stand selon une ligne thématique », explique Serena Cattaneo, directrice de l’antenne parisienne de Gagosian. À Paris, le public est avisé. C’est important d’avoir une ligne de pensée afin de pouvoir ouvrir le dialogue. Ce qui nous permet de présenter du moderne et du contemporain avec une fourchette de prix variée… » Cette année, le stand s’organise autour de la couleur. Même logique chez Andrea Rosen Gallery. « Nous concevons nos stands par thématique, afin de montrer des œuvres récentes pouvant avoir un écho à Paris et pour créer des connexions conceptuelles et formelles avec des œuvres historiques, plus anciennes », confie Cory Nomura, une directrice de la galerie. Elle présente des artistes qui ont aussi une actualité parisienne : la jeune Mika Rottenberg il y a peu montrée au Palais de Tokyo, David Altmejd récemment exposé au Musée d’art moderne de la Ville de Paris où le suivra Carl André à partir du 18 octobre. Des pièces de cet artiste minimaliste sont également visibles chez Paula Cooper, qui les confronte à des œuvres de Claes Oldenburg, Matias Faldbakken, Rudolf Stingel  et de Christian Marclay. Ce dernier reçoit le 17 octobre le prestigieux Contemporary Vision Award. Il investit aussi le stand de White Cube avec une nouvelle peinture majeure, où il côtoie une star du marché, Damien Hirst et son installation Hades (2007), un des plus rares « Pill Cabinet » qui existe avec les pilules noires, et qui faisait partie de sa grande rétrospective à la Tate Modern en 2012.

Si Frieze est adaptée à la sculpture et aux œuvres monumentales, la Fiac est idéale pour présenter de la peinture, avec la lumière naturelle du Grand Palais. « C’est une foire très intellectuelle », confie Louise Hayward de Lisson Gallery. La plupart des travaux présentés datent de cette année : des œuvres de Jason Martin, de nouvelles peintures de Lee Ufan ou encore de Angela de la Cruz, ainsi qu’un Anish Kapoor, invité de Versailles en 2015. Actuel invité du château, Olafur Eliasson est à l’honneur sur le stand de neugerriemschneider avec The gaze of Versailles. Sprüth Magers met aussi l’accent sur des productions récentes : des peintures de Karen Kilimnik, un ensemble de dessins d’Alexandre Singh et des collages de Sterling Ruby. À l’inverse, Pace consacre exclusivement son stand à l’art moderne : Dubuffet, Lichtenstein, Ryman… Valentina Volchkova, la directrice du bureau parisien, s’explique. « On observe une frilosité plus qu’un ralentissement des ventes. Les ventes sont là, mais nos collectionneurs veulent des valeurs sûres, historiques, avec des provenances parfaites. » Et de conclure, « Pour la Fiac, les galeries font l’effort de montrer des œuvres majeures. On essaie de s’aligner. Cette année, on présente une installation historique de Louise Nevelson qui appartient au fondateur de la galerie, Arne Glimcher. C’est la seule foire, où il fait l’effort de se déplacer et de déposer des œuvres de sa collection. »

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°465 du 14 octobre 2016, avec le titre suivant : Galeries étrangères Une confiance renouvelée

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