Frida et Asia à la vida

Par Adrien Gombeaud · L'ŒIL

Le 23 novembre 2021 - 416 mots

Documentaire  - Frida Kahlo superstar. Sa personnalité fascine autant que ses peintures.
Ses œuvres les plus connues, celles que l’on accroche dans les chambres ou que l’on porte, à même la peau, sur les tee-shirts, sont des autoportraits où elle s’apparente à une icône religieuse. Récemment, on a vu Frida Kahlo en guest-star dans les dessins animés Coco de Lee Unkrich et Adrian Molina (2017) et Josep d’Aurel (2020). En 1982, le cinéaste mexicain Paul Leduc a tourné Frida Kahlo, nature vivante, où elle est jouée par Ofélia Medina. Vingt ans plus tard, Julie Taymore réalise une production de plus grande ampleur avec Salma Hayek. Au XXIe siècle, la mythologie de l’artiste se confond donc avec celles de Marilyn Monroe, James Dean ou Audrey Hepburn. Frida Kahlo, viva la vida de Giovanni Troilo, qui sort ces jours-ci en France, date de 2019. Il précède de peu « Frida Kahlo », un second documentaire sur l’artiste achevé un an après.« Viva la vida » se veut moins une introduction au mythe qu’une plongée dans l’intimité de sa psyché. L’accident de bus dont elle gardera les séquelles à jamais, sa passion tumultueuse avec Diego Rivera, son séjour à New York, une fin de vie en forme de chemin de croix sur un lit d’hôpital… Chaque toile raconte une épreuve. Scandé d’images d’une jeune femme en chemise de nuit courant dans un tunnel vers la lumière, Viva la vida n’a pas toujours bon goût. Il tient néanmoins une belle intuition de cinéma : la narration est confiée à Asia Argento. L’actrice et cinéaste romaine, face caméra, offre son regard noir au destin de l’artiste mexicaine. La comédienne de New Rose Hotel,Last Days ou Marie-Antoinette publie ces jours-ci une autobiographie intitulée Anatomie d’un cœur sauvage. Elle y raconte les coups de sa mère et les absences de son père, les substances et l’alcool, la perversité de Harvey Weinstein et les débuts de #MeToo, la mort de sa sœur anorexique et le suicide de l’homme qu’elle aimait, Anthony Bourdain… Argento a 46 ans. Un âge où la vie a pu vous épargner ou vous consumer plus qu’à moitié. L’âge où Frida Kahlo entrait dans ses derniers mois. La beauté automnale de deux femmes que plus de six décennies séparent offre au film un épilogue bouleversant. D’une voix épuisée, rongée par les excès et la nicotine, l’actrice trouve le souffle de s’approprier trois mots jetés par l’artiste sur sa dernière toile : un « viva la vida » insolent, gravé sur une tranche de pastèque, couleur cœur à vif.
À voir
Frida, viva la vida de Giovanni Troilo. En salle le 24 novembre 2021, 1 h 38.
À savoir
Réalisateur et chef-opérateur italien, né en 1977, Giovanni Troilo a tourné plusieurs documentaires sur des artistes comme Monet ou William Kentridge. Asia Argento a débuté dans les films d’épouvante de son père, le mythique réalisateur italien Dario Argento. En France, on l’a vue chez Patrice Chéreau (La Reine Margaux), Catherine Breillat (Une vieille maîtresse) ou Olivier Assayas (Boarding Gate)… Elle a réalisé trois longs métrages : Scarlet Diva (2000), Le Livre de Jérémie (2004) et L’Incomprise (2014). Son autobiographie Anatomie d’un cœur sauvage est traduite aux éditions Hors Collection.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°749 du 1 décembre 2021, avec le titre suivant : Frida et Asia à la vida

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