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Zola, l’observateur passionné

L'ŒIL

Le 1 décembre 2002 - 413 mots

Engagé dans tous les domaines, littéraire, spirituel, politique, artistique, Emile Zola (1840-1902) s’est livré, en plus de son œuvre de romancier, à l’exercice de la critique, en littérature comme en peinture.

Zola critique d’art est célèbre pour sa virulence à l’égard de l’académisme et sa lutte contre le règne de l’idéal de perfection qui triomphe au salon officiel. A l’inverse de Baudelaire, il n’est pas un spécialiste des Beaux-Arts mais défend des peintres qu’il considère comme acteurs de la modernité.

« Il est indispensable que la grande peinture puisse trouver des sujets dans la vie contemporaine (...) L’art ne dépend ni des draperies ni du nu antique. Il prend racine dans l’humanité »
, écrit-il lors du Salon de 1875. L’art, comme la littérature, doit jaillir du réel. C’est avec Manet que Zola exprime le plus clairement ses idées. Le premier choc a lieu en 1863, devant Le Déjeuner sur l’herbe, jugé d’un réalisme outrageant et exposé au Salon des Refusés, tandis que la très académique Naissance de Vénus de Cabanel est sur les cimaises du Salon officiel. Manet est le seul que l’écrivain soutienne avec la même conviction tout au long de ses chroniques – les Impressionnistes, eux, sont loués au début puis totalement reniés. C’est à lui qu’il consacre une Etude biographique et critique, en 1867, où il souligne le « vrai » qui se dégage de ses œuvres. Manet le remerciera par le magistral portrait aujourd’hui conservé au Musée d’Orsay où il peint, plus que Zola lui-même, tout l’univers de l’écrivain.

C’est un passionné qui n’est pas sans contradictions : alors qu’il encense dans ses chroniques les peintres de la modernité, les murs de ses appartements portent des œuvres plutôt mièvres, empreintes d’un certain idéalisme, de Greuze ou d’Ary Scheffer. L’écart semble grand entre ses positions publiques et ses goûts privés. Dans Le Figaro du 2 mai 1896, Zola publie Peinture, sa dernière chronique d’art. Il y dénonce « l’abus de la note claire » et dit presque regretter la noirceur des salons passés. Ce revirement a quelque peu décrédibilisé ses propos et sa sincérité. Cent ans après sa mort, l’exposition retrace son itinéraire à travers des manuscrits, des gravures, des photographies, des objets et de nombreux tableaux de Cézanne, Manet, Renoir, Monet et bien d’autres auxquels l’écrivain a prêté sa plume.

PARIS, Bibliothèque nationale de France, site François Mitterrand, quai François Mauriac, tél. 01 53 79 87 93, 18 octobre-19 janvier, cat. coéd. BNF/Fayard, 256 p., 280 ill., 49 euros.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°542 du 1 décembre 2002, avec le titre suivant : Zola, l’observateur passionné

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