Vendredi 19 octobre 2018

Städelmuseum, Francfort Jusqu’au 25 juillet 2010

Voir la modernité de Kirchner

Par Philippe Piguet · L'ŒIL

Le 18 mai 2010 - 386 mots

Né de la rencontre de jeunes étudiants en architecture, Die Brücke (« Le Pont ») rassemble en 1905 à Dresde un petit nombre d’artistes qui s’imposeront à l’histoire comme le premier groupe expressionniste allemand. En révolte contre l’académisme, ils aspirent à redonner à leur pays une place de choix dans le concert artistique international.

Revendiquant un art émotionnel, voire violent, qui traduise leurs images de la vie et de leurs angoisses, ils affirment vouloir un art où le vécu prime sur le vu. Ernst Ludwig Kirchner (1880-1938) en est l’un des principaux animateurs et son œuvre l’illustration la plus accomplie.

Chroniqueur du groupe, Ernst Ludwig Kirchner développe tout d’abord un répertoire de figures nues, de portraits et de paysages dont la touche pâteuse se fluidifie dès lors qu’il découvre le fauvisme. Son intérêt pour le primitivisme le conduit à réaliser quelques sculptures sur bois peintes réactivant la technique de la taille directe. Par ailleurs, passionné par l’œuvre gravé de Dürer, il contribue à relancer toute une production de xylographies qui sert au groupe à mieux se faire connaître.

Par la suite, Kirchner va s’imposer comme le peintre de la rue, notamment pendant sa période berlinoise à partir de 1911. Il multiplie alors les scènes qui mettent plus particulièrement en exergue les figures de « cocottes » – Femmes dans la rue (1913) – dont les formes anguleuses et étirées ont éminemment à voir avec une esthétique gothique. L’expérience qu’il fait de la guerre est désastreuse tant moralement que psychiquement. Son Autoportrait en soldat (1915) le montre avec la main droite coupée, signe de son incapacité à peindre.

Dans les années 1920, Kirchner devient critique d’art signant du nom de Louis de Marsalle. Soucieux de sa juste place dans l’histoire, il n’hésite pas à antidater certaines de ses toiles. Victime d’une irrésistible dépression qu’exacerbe la relégation au rang d’art dégénéré de son œuvre, il met fin à ses jours en 1938.

L’exposition rétrospective que lui consacre le Städelmuseum de Francfort est l’occasion de (re)voir celle-ci à la lumière de la modernité. Voire de la postmodernité au regard notamment de l’influence qu’elle a exercée sur la génération néo-expressionniste des années 1970-1980 et des artistes contemporains comme Baselitz, Penck et Lüpertz.

« Ernst Ludwig Kirchner : la retrospective », Städelmuseum, Dürerstr. 2, Francfort (Allemagne), www.staedelmuseum.de, jusqu’au 25 juillet 2010.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°625 du 1 juin 2010, avec le titre suivant : Voir la modernité de Kirchner

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