Samedi 15 décembre 2018

Vita silente

L'ŒIL

Le 1 novembre 2004 - 354 mots

Par la nature de ses collections et de ses expositions temporaires, l’Estorick Collection se consacre à la promotion de l’art moderne italien. Cette petite exposition (une quarantaine d’œuvres) présente « La nature morte en Italie au XXe siècle », plus exactement entre 1914 et 1960. Nationalistes, les futuristes considèrent la nature morte, fortement identifiée aux écoles du Nord, comme un genre étranger à la culture méditerranéenne. On ignorait alors, par exemple, le rôle majeur joué par Caravage dans l’évolution du genre, ou son épanouissement dans l’école napolitaine. S’il arrive aux futuristes d’aborder le monde des objets, c’est par des voies détournées (Ardengo Soffici, Déconstruction des plans d’une lampe ; Giacomo Balla, Clarté des roses). L’objet va pourtant venir au tout premier plan de la peinture de Giorgio De Chirico et des peintres métaphysiques (Alberto Savinio, Carlo Carrá) qui réinventent la nature morte (« vita silente » pour De Chirico) en investissant les choses d’une densité psychologique, pourrait-on dire. Leur présence est rendue énigmatique, par les associations incongrues (d’un buste en plâtre avec un artichaut par exemple), et par le traitement non naturaliste, l’aspect intemporel de l’image. C’est dans le sillage de la peinture métaphysique que Giorgio Morandi jette les bases d’une œuvre entièrement consacrée à la figuration d’objets très simples, pots et bouteilles, continuellement recombinés entre eux. Mais là, l’objet n’est plus qu’un vocable indéfiniment répété et modulé, l’instrument d’une ascèse – minimaliste avant la lettre – qui par la réduction des moyens vise et atteint l’amplification de la puissance picturale. Tous ces exemples, et d’autres moins connus, échappent, bien sûr, aux limites d’un genre. Ce n’est pas le cas d’autres artistes plus à l’aise à l’intérieur de ces limites, plus attachés aussi à la tradition, et dont les productions varient qualitativement : de la virtuosité décorative de Gino Severini, teintée d’un zeste de cubisme, et des suggestions poétiques, ou sentimentales, de Mario Sironi et Felice Casorati, à la platitude des quasi-trompe-l’œil de Gregorio Sciltian.

« La nature morte en Italie au xxe siècle », LONDRES, Estorick Collection of Modern Italian Art, 39a Canonbury Square, tél. 44 020 77 04 95 22, 30 septembre-19 décembre.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°563 du 1 novembre 2004, avec le titre suivant : Vita silente

Tous les articles dans Expositions

Le Journal des Arts.fr

Inscription newsletter

Recevez quotidiennement l'essentiel de l'actualité de l'art et de son marché.

En kiosque