Visites d’atelier, seconde moitié du XIXe

Par Philippe Piguet · L'ŒIL

Le 1 avril 2005 - 516 mots

Les photographies d’atelier d’artistes du XIXe sont aujourd’hui à la fois des œuvres d’art et des documents passionnants.

L’atelier a toujours été un lieu privilégié pour l’artiste : espace de solitude, d’échange, de création, un endroit chargé d’émotion. Employé à l’origine pour désigner le lieu de travail de l’artisan charpentier, le terme d’atelier gagne à la Renaissance ses lettres de noblesse pleinement artistiques. Il devient alors le motif prisé des peintres qu’ils traitent comme un auto­portrait tant il est tout à la fois leur périmètre technique et leur espace imaginaire. Après les XVIIe et XVIIIIe siècles qui l’ont dévolue à la promotion des écoles et des académies, la représentation de l’atelier connaît, avec l’avènement de la photographie à l’époque romantique puis réaliste, une nouvelle aventure. Lieu de création, mais aussi de réception, de rencontres et de débats, l’atelier de l’artiste se fait l’espace idéal de la mise en scène de son talent, et la photographie en capte tous les instants. Qu’ils y posent et s’y représentent eux-mêmes ou qu’ils y fassent poser leurs modèles, les artistes entretiennent avec leur atelier toutes sortes de relations sensibles fondées sur des sentiments aussi divers que ceux de la possession, de la projection, de l’identité ou de la réussite sociale.

L’artiste et son modèle
Photographies posées, voire composées, ou au contraire instantanés saisis au vol ; figures isolées, repliées dans le silence de leur solitude ou au contraire en acte dans l’accomplissement de leur métier ; figures en réunion fixées le temps d’une prise de vue : les artistes du temps passé ont laissé une masse documentaire photographique relativement importante qui permet de faire une idée de leur vie au quotidien. Intitulée « Dans l’atelier », l’exposition du musée d’Orsay qui regroupe tout un lot de photographies anciennes en fournit ainsi une passionnante illustration. On y voit tour à tour le peintre Forain en visite chez un ami sculpteur, Prouvé dans son atelier, Honoré Daumier sur le toit du sien, un groupe de praticiens travaillant dans l’atelier de sculpture de leur maître, deux modèles dans celui d’Émile Bernard, une jeune femme en train de se préparer à poser dans celui de Bonnard, etc. Ce sont là autant d’images sensibles dont les auteurs ne sont pas toujours connus mais qui ont été choisies dans l’intention de faire valoir comment ceux-ci souhaitaient reproduire le monde intérieur de leur modèle.
Simples images documentaires à l’origine, ces photographies ont gagné avec le temps le statut d’œuvres d’art à part entière. Le plus souvent issues de fonds d’atelier rachetés au fil du temps par le musée, ces images nous racontent non seulement ce qu’il en était d’une époque et d’un milieu mais nous révèlent les différents processus de création. C’est dire combien elles sont précieuses puisqu’elles nous instruisent de ce que nous ne connaissons ordinairement que de façon orale ou écrite. À une époque friande d’images extraites de la réalité, ces vues « dans l’atelier » constituent un patrimoine essentiel qui nous rend familier tout un pan de l’histoire moderne.

« Dans l’atelier », PARIS, musée d’Orsay, galerie de photographie, 62 rue de Lille, VIIe, tél. 01 40 49 48 14, 15 février-15 mai.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°568 du 1 avril 2005, avec le titre suivant : Visites d’atelier, seconde moitié du XIXe

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