Samedi 15 décembre 2018

Visages de Max Jacob

L'ŒIL

Le 1 novembre 2004 - 377 mots

Paradoxalement, cette exposition consacrée à Max Jacob ne parle que très peu de l’écrivain. En prenant pour fil conducteur les amitiés nouées par le poète avec les différents acteurs du monde littéraire et artistique de la première moitié du XXe siècle, elle s’attache à en dresser une biographie intimiste. À travers un ensemble de portraits, dessins, peintures, sculptures et photographies, apparaît un homme à la personnalité complexe dont l’apparence physique frappe les esprits (lire dans le catalogue les savoureux témoignages de ses contemporains). Par le biais de son image, l’exposition retrace son parcours de Paris à Saint-Benoît-sur-Loire où il se retire à deux reprises, en 1921 et en 1936. Une vie partagée entre sa réalité – Max Jacob vit sans un sou, avec pour seuls biens un manteau et une caisse de livres – et l’illusion qu’il veut donner lorsqu’il est au cœur de la vie parisienne et l’attraction des soirées du Bœuf sur le toit ou des Noctambules. À Paris, Max Jacob se lie d’abord avec Derain et Marie Laurencin, puis rencontre Picasso en 1901. Ce dernier, qui l’encourage à écrire, réalise plusieurs portraits de lui – dont celui, très classique, de 1916, présenté dans l’exposition – et illustre l’ouvrage Le Cornet à dés, premier succès du poète. La présentation d’un diaporama de vingt-trois photographies prises par Jean Cocteau le 12 août 1916 est l’un des points forts de cette exposition vivante et très documentée. Ces clichés montrent Max Jacob à Montparnasse aux côtés de Picasso, Ortiz, Roché, Zarate, Kisling, Modigliani et Salmon. Cinq ans plus tard, le poète part à Saint-Benoît, fuyant la vie mondaine et l’hostilité des surréalistes. Lors de son second séjour en 1936 – qui sera définitif ; il est arrêté par la Gestapo et meurt en 1944 –, Max Jacob n’écrit presque plus, se réfugiant dans la méditation ; c’est un homme moralement brisé. Des photographies de Marcel Béalu et un émouvant portrait de Roger Toulouse – Le Poète à l’orchidée, 1942, misérable et désabusé – illustrent ses dernières années.

« Max Jacob, portraits d’artistes », QUIMPER (29), musée des Beaux-Arts, 40 place Saint-Corentin, tél. 02 98 95 45 20, 11 septembre-28 novembre, cat. Somogy, 208 p., 30 euros. L’exposition sera ensuite présentée au musée des Beaux-Arts d’Orléans, 11 décembre-13 mars.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°563 du 1 novembre 2004, avec le titre suivant : Visages de Max Jacob

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