Vieira da Silva, oeuvres sur papier

Par Philippe Piguet · L'ŒIL

Le 28 octobre 2008 - 349 mots

S’il est un artiste dont le nom vient aussitôt à l’esprit quand on parle de la galerie Jeanne Bucher, c’est bien celui de Maria-Helena Vieira da Silva.

Il lui est proprement consubstantiel d’autant que leur collaboration dura quelque soixante ans. Aussi, rien d’étonnant à ce que la galerie ait souhaité célébrer le centenaire de la naissance de l’artiste, non seulement à la hauteur de cette amitié partagée, mais à celle d’une œuvre essentielle.
Pour ce faire, Jean-François Jaeger qui préside aux destinées de l’enseigne familiale depuis 1947 (lire ci-contre) a choisi d’organiser deux expositions distinctes : d’une part, à la Fiac, avec une vingtaine de toiles magistrales (lire L’œil n° 606) ; de l’autre, à la galerie rue de Seine avec une cinquantaine d’œuvres sur papier, ponctuées de quelques toiles. Cette dernière est l’occasion d’une véritable découverte parce qu’elle met surtout l’accent sur la période 1930-1937, c’est-à-dire celle de la formation et de l’éclosion du style si personnel de l’artiste.
Née à Lisbonne en 1908, morte à Paris en 1992, Vieira da Silva – qui a fréquenté la Grande Chaumière à la fin des années 1920 – s’est servie de la peinture pour se construire elle-même tout en construisant son œuvre. La dimension architecturée qui en fait la marque ne relève pas d’un système mais de la nécessité d’une structure sur laquelle tisser ses sensations, fixer ses visions. L’intérêt de son œuvre graphique réside dans la mise à nu des doutes de l’artiste et de cet espace d’indécision qu’elle réclamait comme apanage.
Entre une gouache comme L’Échelle de 1935 et une tempera comme L’Eau de 1962, on mesure facilement le parcours accompli, notamment le gain au fil du temps d’une appréhension sublimée de l’espace et de son inscription indicible à l’intérieur de celui-ci. Tout en conservant intacte une intuition inédite, Vieira da Silva n’a eu de cesse de décliner les possibilités spatiales de la surface et d’explorer l’anatomie de l’espace. Ses dessins en actent tant l’étendue que la profondeur.

« Maria-Helena Vieira da Silva », galerie Jeanne Bucher, 53, rue de Seine, Paris VIe, www.jeannebucher.com, jusqu’au 22 novembre 2008.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°607 du 1 novembre 2008, avec le titre suivant : Vieira da Silva, oeuvres sur papier

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