Florence

Vedute et paysage urbain

L’image de Florence du XIVe au XXe siècle

Le Journal des Arts

Le 1 juillet 1994

L’exposition \"L’image de Florence. Peintures, dessins, gravures et photographies du XIVe au XXe siècle\" propose au Fort du Belvédère, une série de vedute, (vues) de Florence qui témoignent, selon l’intention de ses concepteurs, des sentiments que la ville a inspirés et de la forme d’art qu’elle a suscitée au cours des temps.

FLORENCE - Rassembler une documentation sur l’élaboration et l’évolution de la représentation de Florence, en puisant, entre autres, dans le patrimoine culturel de la ville toscane, n’est pas un projet récent. Dès 1986, un colloque tenu à l’Institut Viessieux, rassemblant de nombreux spécialistes, italiens et étrangers, intitulé "L’idée de Florence", avait passé en revue un grand nombre de thèmes et d’interprétations relatifs à la ville dans l’art du XIXe siècle. L’exposition organisée par Marco Chiarini, avec la participation de M. Gregori, et les contributions de B. Fanelli, F. Gurrieri, A. Marabottini, P. Ruschi – qui ont étudié près de 250 œuvres, dont certaines sont des pièces rares –, permet de suivre la formation de l’image urbaine et d’en montrer l’évolution.

L’art de la veduta
L’image idéale que la ville offre dès la fin du XIVe siècle, sert de fil conducteur à l’exposition qui propose des fresques et des miniatures – comme celles extraites du Biadiaiolo fiorentino de Giovanni del Biondo, Attravante et Francesco Rosselli, ou du Poème de Dante, de Domenico Michelino. Mais c’est aux XVIe et XVIIe siècles, quand la ville devient le sujet de nombreuses représentations religieuses et profanes, depuis L’Entrée de Charles VIII, de Granacci, jusqu’au Bûcher de Savonarole sur la Place de la Seigneurie et d’autres dessins plus tardifs de Zuccari, de C. Allori et de Billvert, que s’affirme la volonté de représenter la cité dans sa topographie, mais aussi dans son rôle de capitale d’une principauté.

Il faut attendre le XVIIe siècle pour voir apparaître les prémisses de l’art de la veduta, grâce à l’activité de Jacques Callot. Des artistes florentins comme Cantagallina, Stefano della Bella, F. Napoletano se consacrent à la représentation du paysage urbain. Les gravures de Callot, diffusées dans toute l’Europe, ont contribué à répandre l’image de Florence, qui devait entrer bientôt dans l’itinéraire du "Grand Tour" européen avec Venise, Rome et Naples. Le Hollandais Gaspar van Vittel – dit Vanvitelli –, a été l’artisan de cette mutation en réalisant, lors de ses séjours florentins au service des Médicis et des familles nobles, les premiers paysages urbains. Il intégra la représentation urbaine à l’art du paysage, en réalisant pour le prince Ferdinand, des tempera sur parchemin. Ses tableaux et ses dessins sur le motif confirment sa qualité de chef de file. Son œuvre a donné naissance à une tradition dont témoigne la série des vedute de Florence exécutée par Guiseppe Zocchi pour le marquis Gerini et publiée en volume en 1742. À chaque gravure correspond un ou plusieurs dessins préparatoires, ainsi que l’attestent les pièces prêtées par la Pierpont Morgan Library de New York.

Quelques tableaux de Zocchi, – dont deux proviennent d’une collection privée new-yorkaise –, sont une découverte, même pour les spécialistes. On connaissait les deux célèbres recueils d’estampes de cet artiste, mais c’est la première fois qu’il est présenté en tant que peintre et bénéficie à ce titre d’une importante étude de Mina Gregori, publiée dans le catalogue de l’exposition. L’œuvre de Bellotto est également mise en valeur : six vedute florentines, en provenance de Dublin, Budapest et Cambridge, sont exposées et démontrent que l’artiste, par sa précision et son rendu de l’atmosphère, peut rivaliser avec son célèbre oncle, Canaletto. Elles présentent quelques raccourcis de la ville devenus classiques : du Titatorio et des Offices à l’Arno près du Ponte alla Carraia, et à San Frediano.

On retrouve des thèmes célèbres dans les gravures et les tableaux de l’anglais Thomas Patch, à la fois peintre et marchand ; il peignit dans les années 70 des vedute pour les nobles anglais d’un cercle élitiste qui s’était créé autour du consul anglais, Horace Mann. Patch peignit également pour Horace Walpole, et les tableaux présen­tés à l’exposition proviennent – à l’exception de quelques collections florentines – des collections royales anglaises et de quelques grandes collections, comme celle de Houghton Hall. Elles témoignent de l’intérêt des Anglais pour la culture florentine, tout particulièrement figurative, et de la fascination que la ville a exercé sur eux, pendant presque deux siècles.

Un préromantique français
Le peintre français, François-Xavier Fabre, habita Florence de 1793 à 1824. Il inventa des pay­sages à peine esquissés – peut-être dus à sa connaissance profonde de Florence – comme dans son Alfieri et la Comtesse d’Albani ou dans des études exécutées aux Cascine. Ces dernières présentent la ville dans le lointain, voilée de brume, à partir de points de vue toujours différents, au pied des collines dominant le fleuve. Le Portrait du Docteur Penrose sur fond de paysage florentin, de Louis Gauffier, venue du Minneapolis Institute of Arts, est déjà une œuvre préromantique. Corot est présent avec une "vue" unique et splendide de Florence prêtée par le Louvre.

Les paysagistes locaux, spécialistes de la veduta, sont aussi au rendez-vous, de Gherardi à Burci, à Moricci, à d’Abbati et jusqu’à Ottone Rosai, avec quelques photographies exceptionnelles, au tournant du XXe siècle.
Les témoignages les plus fascinants et les plus mystérieux sont, sans nul doute, à mettre au crédit de ces anglo-florentins, victoriens et esthètes, qui transportèrent "l’idée de Florence" au cœur d’un siècle et d’une culture. Les œuvres présentées, de G. F. Watts à J. Brett – dont on peut admirer la Vue de Florence depuis Bellosguardo, prêtée par la Tate Gallery –, emportent notre conviction.

Florence, Fort du Belvédère, "L’image de Florence. Peintures, dessins, gravures et photographies du XIVe au XXe siècle", 29 juin - 30 septembre 1994.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°5 du 1 juillet 1994, avec le titre suivant : Vedute et paysage urbain

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