Vendredi 21 février 2020

Paris 18e

Variation autour d’un élevage de poussière

Le Bal jusqu’au 17 janvier 2016

Par Christine Coste · L'ŒIL

Le 18 novembre 2015 - 357 mots

En septembre 2010, David Campany avait cosigné avec la directrice du Bal, Diane Dufour, « Anonymes », l’exposition inaugurale de ce nouveau lieu parisien dédié à l’image.

Leur propos (explorer la notion d’anonymat pour le continent nord-américain au travers d’œuvres de huit photographes et cinéastes) avait donné le ton. Pour clore cette année dédiée aux cinq ans de l’institution, Diane Dufour a donné cette fois-ci entière carte blanche à l’écrivain, curateur et artiste anglais, certainement l’un des plus talentueux et créatifs dans la manière d’envisager le médium. Une nouvelle fois, son propos déplace les approches dans le fond et dans la forme. Car son choix de « retracer la vie et les tribulations jusqu’à nos jours d’Élevage de poussière » invite autant dans les espaces du Bal que dans le livre coédité par Mack et Le Bal à un cheminement particulier, subtil. En posant cette photographie elliptique prise en 1920 par Man Ray du Grand Verre de Marcel Duchamp couvert de poussière, autant en œuvre visionnaire qu’en document miroir de la période écoulée depuis sa réalisation, David Campany construit en effet à partir d’elle une variation autour de la question du désastre, du néant et de la trace à la poétique existentielle prégnante par son jeu de correspondances, d’échos et de confrontations entre des œuvres de nature différente. Le motif de la poussière donc pour appréhender le passé et le présent, les tensions et les ruptures depuis 1920. Et en dialogue avec Élevage de poussière et un condensé de publications dont elle a fait l’objet, des cartes postales et des photographies amateurs sur des tempêtes de poussière aux États-Unis, des photographies aériennes anonymes mises sur le même plan que des travaux d’auteurs célèbres allant de Wols, Laure Albert-Guillot, Aaron Siskind au premier niveau à Sophie Ristelhueber, Gerhard Richter, Ed Ruscha et John Divola, au second. Avec en figures et voix troublantes, fantomatiques, la forêt de bambous peuplant les monts autour de Kyoto du film Murmur de Kirk Palmer qui boucle le récit et qui ramène à son début, notamment aux deux corps enlacés recouverts de sable, d’étoiles ou de cendres du film d’Alain Resnais Hiroshima mon amour.

« Dust/Histoires de poussière. D’après Man Ray et Marcel Duchamp »

Le Bal, 6, impasse de la Défense, Paris-18e, www.le-bal.fr

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°685 du 1 décembre 2015, avec le titre suivant : Variation autour d’un élevage de poussière

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