Mardi 18 décembre 2018

Une ville dévolue au design

L'ŒIL

Le 1 novembre 2004 - 507 mots

Plus qu’un simple rendez-vous jouant les planisphères d’idées, la Biennale internationale du design est une opération réussie notamment grâce à la transformation de la ville, année après année, indexée au design : du Parc des expositions au musée de la Mine, des lieux off au site Giat industries investi par la future Cité du design, la particularité de l’événement réside en un grisou qui souffle partout. Dynamique d’ensemble, passerelles lancées entre les lieux, thématiques connexes, expositions gigognes, cartes blanches, rendez-vous actifs d’acteurs en devenir… en point d’orgue, la Biennale orchestre une chorale d’intentions accordées.
Caution habituelle, l’état des lieux de la création dans le monde encaisse sagement les illuminations juvéniles exhibées par les plates-formes écoles. Passé le stade du simple projet de recherche, les créateurs confirmés de quatre-vingts pays jonglent entre maturité, contraintes invoquées par la notion de série et épilogue des débouchés. Confrontées aux plaisirs solitaires émoustillés à la sauce étudiante, les propositions pour « l’inattendu et l’expérimental » des professionnels tendent parfois vers des productions  « trop sérieuses ». Comme un hommage, trente jeunes créateurs s’attaquent à la mythique Fourmi d’Arne Jacobsen et s’offrent des variations autour d’une chaise peinte. La marque Print, créée en 1964, déroule son panorama de recherches sur la surface décorative et les matériaux stratifiés, et présente ses collaborations illustres avec Ettore Sottsass, Michele de Lucchi, Alessandro Mendini. Luigi Colani, l’inventeur du biodesign, de la paire de lunettes aux avions, s’expose en référence.
Au dénominateur d’une conscience géopolitique commune, le Parc des expositions milite aussi en plusieurs points. Le Sud en ligne de mire, l’exposition « North meets South » établit le méridien entre objets usuels de la Scandinavie et de l’Afrique. Double jeu présenté en simultané à Saint-Étienne et Ougadougou, « Made in Africa » trace l’itinéraire de la création au gré du continent africain. Forum d’idées, « Le Café : du produit… à l’objet », appelle des projets graphiques interrogeant l’universalité d’un commerce équitable et sonde les notions de boire, déguster, conditionner, fabriquer, distribuer.
Ailleurs et partout, le musée d’Art moderne interroge la notion même d’objet en autopsiant la différence d’approche et le regard que lui portent artistes et designers. Le musée d’Art et d’Industrie met en situation dans un projet d’appartement privé conçu par Olivier Mourgue, une sélection de pièces uniques issues de l’atelier de recherche et de création du Mobilier national. Contrepoint cocasse au musée de la Mine, « Les Nouvelles Folies de la route » tirent le portrait des plus photogéniques de nos ronds-points, absurdités territoriales photographiées par Florian Kleinefenn. Carrefour entre les éléments, la préfiguration de la future Cité du design prend ses marques sur fond de polémique liée au devenir de l’ancienne manufacture d’Armes. Brûlot ou faux problème, la Biennale s’approprie ce nouveau site qui a la douceur d’un parcours de découverte. En trait d’union, artistes, designers, graphistes, paysagistes, architectes investissent   l’ancienne maison du directeur au gré d’une réinterprétation expérimentale du lieu.

Biennale internationale du design 2004, SAINT-ÉTIENNE (42), école des Beaux-Arts, 15 rue Henri Gonnard, tél. 04 77 47 88 05, www.artschool-st-etienne.com, 6-14 novembre.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°563 du 1 novembre 2004, avec le titre suivant : Une ville dévolue au design

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