musée

Une spiritualité minimale

Par Philippe Piguet · L'ŒIL

Le 1 décembre 2000 - 251 mots

Célèbre pour ses intérieurs d’église tirés au cordeau, son importance accordée aux espaces vides, ses jeux réduits d’échelle et une palette d’une froideur extrême, l’art de Pieter Saenredam n’occupe toutefois pas la place qu’il mérite. L’ordinaire est en effet de considérer son œuvre d’un point de vue d’architecte ne vantant que la précision de son trait et sa fidélité au modèle, alors même qu’elle est instruite par des intentions beaucoup plus subtiles. Les qualités d’épure de ses peintures, leur climat d’austère ferveur, leur grande économie de moyens, bref, tout les place sur le terrain d’une quête abstraite avant la lettre, en amont d’une aventure proprement néoplastique, ayant indiqué le chemin à suivre à un artiste comme Mondrian. Pieter Saenredam n’a de cesse de composer des jeux de lignes horizontales et verticales, d’aplats d’ombre et de lumière, d’occultation et de percées d’espaces. Il n’a pas son pareil en son temps pour restituer l’atmosphère spirituelle qui baigne ces lieux de recueillement et sa façon de le faire, exigeante, poussée à l’extrême, ne connaît aucun autre exemple. Le séjour qu’il fait à Utrecht en 1636 et au cours duquel il exécute toutes sortes de dessins est pour lui l’occasion de se constituer un véritable réservoir d’images à transposer en peinture. Si l’on peut s’étonner qu’il n’ait jamais imaginé de constructions et se soit contenté de représenter des églises existantes, il faut se laisser pénétrer par les images qu’il nous a laissées pour apprécier l’état d’esprit qui le guidait.

UTRECHT, Centraal Museum, jusqu’au 4 février.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°522 du 1 décembre 2000, avec le titre suivant : Une spiritualité minimale

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