Dimanche 18 novembre 2018

Une programmation hybride et énergique

Par Manou Farine · L'ŒIL

Le 1 octobre 2006 - 464 mots

Ni véritable biennale, ni exposition thématique, le Printemps de septembre se refuse cette année encore à resserrer son
propos. Pas plus qu’il ne dénoue d’enjeux esthétiques précis.

Après In extremis et Vertiges, Lignes brisées vient prolonger ou fortifier un triptyque dont l’orientation — comme l’indiquent les titres — s’adjuge des territoires instables et flottants. Des états limites et incertains. Des histoires de paradoxe, d’ordre et de désordre. La thématique est accueillante, suffisamment vague pour ouvrir grand ses bras à une multitude de pratiques et d’enjeux. La trentaine d’artistes internationaux invités pour ce nouvel opus se sont donc mis à l’œuvre, produisant pour beaucoup, sans autre contrainte que les huit lieux d’exposition.

Entremêlement
À Pascal Pique — à la tête des Abattoirs à Toulouse — est venue se joindre Mirjam Varadinis, jeune commissaire associée issue du Kunsthaus de Zürich. Résultat : une programmation hybride et énergique, à modeste représentation française, brassant avec gourmandise des horizons composites, têtes d’affiches et jeunes univers, parmi lesquels ceux de Margaret Salmon ou du Géorgien Andro Wakua.
Dans la mêlée, s’imposent les figures emblématiques Lawrence Weiner et Art & Language, les poids lourds de la scène contemporaines Rodney Graham, Francis Alÿs, les presque jeunes pousses Dana Schutz et Clément Rodzielski, ou encore John Bock le mécanicien du burlesque et Christoph Büchel maître ès provocation. Tous ou presque s’affairent à une forme de désobéissance, de résistance ou d’instabilité. Beaucoup procèdent par impacts.
Dehors, avec Peter Kogler qui contraint l’espace public en emprisonnant de ses modules tubulaires et rhizomateux un pont enjambant la Garonne. Dedans, dans le difficile et circulaire espace du Château d’eau avec Olivier Blanckart, offrant sa lecture abrupte et bouffonne du monde en installant une assemblée sculptée de femmes algériennes, le visage nu, déviolées.
Coutumier des univers incisifs, les Jacobins devraient accueillir une froide structure galvanisée de Monica Bonvicini, sorte d’architecture carcérale érotisée ajustée au long réfectoire de l’ancien couvent des Prêcheurs, tandis que la Néerlandaise Lonnie van Brummelen évoquera, par lents plans aériens, les zones frontalières de l’Europe projetées en 35 mm. Et, comme un voluptueux contrepoint à cette sélection combative, s’impose dans les hauts volumes des Abattoirs la pièce monumentale d’Anish Kapoor My Red Homeland.  L’installation monochrome met en mouvement un immense creuset circulaire empli d’une lourde matière graisseuse et colorée. Le dispositif sensuel, d’un rouge profond, transforme, et pétrit lentement la pâte lourde et onctueuse, projetant le spectateur dans un délicieux rapport de désir et d'appréhension.

Autour de l’exposition

Informations pratiques Le festival du Printemps de septembre se tient jusqu’au 15 octobre. Les 8 lieux d’expositions sont ouverts du lundi au vendredi de 12 h à 19 h, les samedi et dimanche de 11 h à 19 h. L’entrée est gratuite. Renseignements au point Info du festival, 3, place du Capitole à Toulouse et sur le site du festival.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°584 du 1 octobre 2006, avec le titre suivant : Une programmation hybride et énergique

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