Dimanche 25 février 2018

Une politique d’airain

L'ŒIL

Le 28 juillet 2008

Quel rapport entre L’Urbain VIII du Bernin, un Mercure d’après Polyclète, L’Enlèvement de Déjanire de Jean Bologne ou une Autruche de facture florentine ? Réalisées dans le noble alliage du cuivre et de l’étain, ces œuvres proviennent toutes du prestigieux ensemble des « bronzes de la Couronne ». Derrière cette appellation se profile la collection royale de bustes, statues, vases et petites effigies constituée par Louis XIV et ses successeurs. Jusqu’en 1661, les bronzes font figure de parent pauvre au sein des collections royales. Louis XIV n’en reçut aucun de Louis XIII et d’Anne d’Autriche, jetant lui-même son dévolu sur les vases en pierre dure, les filigranes, les médailles et intailles. Pourtant, depuis le XVIe siècle, tout souverain digne de ce nom se doit de posséder une collection de bronzes, à l’instar des Médicis ou des Habsbourg. Sous l’impulsion de Colbert, Louis XIV se lance finalement dans une politique implacable d’acquisitions, suscite dons et legs, notamment auprès de Charles Errard et de Le Nôtre, afin de rivaliser avec les plus illustres collections européennes. Rassemblés sans dessein préconçu, les bronzes de la Couronne composent un ensemble disparate où se côtoient bustes d’illustres, antiques et petits formats italiens de la Renaissance et du XVIIe siècle, dominés par l’art de Jean Bologne.
À noter, dans une veine naturaliste, Le Chasseur d’oiseaux, acheté au banquier Everhard Jabach, particulièrement représentatif du goût nouveau pour les scènes de genre. Ce colbertisme de prestige s’essoufle vite, du fait du manque d’intérêt personnel des souverains qui n’hésitent pas à reléguer leurs bronzes au Garde-Meuble. À la veille de la Révolution, la Couronne de France peut toutefois se targuer de posséder l’un des plus beaux ensembles du genre en Europe, riche de 335 pièces. Dispersés dès 1791, le Musée du Louvre réunit aujourd’hui 150 de ces fleurons d’airain, en un éclatant témoignage du goût du Grand Siècle.

Musée du Louvre, hall Napoléon, jusqu’au 12 juillet.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°506 du 1 mai 1999, avec le titre suivant : Une politique d’airain

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