Mercredi 19 janvier 2022

Architecture

Un panorama des mutations urbaines du Japon au Centre Pompidou-Metz

Par Christian Simenc · Le Journal des Arts

Le 31 octobre 2017 - 768 mots

Le musée a ouvert son programme nippon avec un hommage aux constructions japonaises depuis 1945. Une histoire de l’architecture du pays du Soleil-Levant entre influence occidentale et « écoles » singulières.

Metz. L’architecture contemporaine japonaise surfe, depuis quelque temps, au sommet de la vague. Dans le monde entier, le nombre de projets signés par des maîtres d’œuvre du pays du Soleil-Levant est en considérable augmentation – rien qu’à Paris, une dizaine d’édifices majeurs dus à une patte nippone ont vu ou verront le jour d’ici à 2023 –, tout comme le nombre d’expositions sur ledit sujet. Le Centre Pompidou-Metz déploie à son tour une présentation intitulée « Japan-Ness, Architecture et urbanisme au Japon depuis 1945 », qui explique avec précision ce qui fait la singularité de l’architecture nippone d’après-guerre. Celle-ci est, certes, moins « accessible » que l’opus printanier du Barbican Centre (« The Japanese House : Architecture and Life after 1945 »), à Londres (lire le JdA n° 480) qui, lui, se concentrait sur la maison individuelle et proposait deux modèles emblématiques reproduits grandeur nature, dans lesquels le visiteur pouvait déambuler à l’envi. Mais cette exposition messine n’en demeure pas moins captivante. À travers quelque 150 dessins, 65 maquettes, ainsi que moult photographies et films, l’exposition se penche sur 300 projets emblématiques – dont 250 construits – et retrace, en six grandes sections, l’histoire des mutations urbaines du Japon, de 1945 à aujourd’hui, à travers un panorama exhaustif passant en revue nombre d’« écoles » : du modernisme à l’architecture pop, du brutalisme au minimalisme, du high-tech à l’architecture pauvre, du postmodernisme au conceptualisme.

S’il est une date inéluctable dans l’histoire de ce pays, c’est à n’en point douter 1945, l’année de la dévastation atomique de Hiroshima et Nagasaki. Le visiteur est ainsi accueilli d’emblée par un vaste collage de dessins et de photographies de l’architecte et théoricien Arata Isozaki, Re-Ruined Hiroshima (1968), déployant sur le sol meurtri d’Hiroshima deux mégastructures métalliques, troublants « squelettes » d’un futur à inventer. La reconstruction, elle, s’effectuera en réalité en relation avec l’émergence du modernisme occidental – après-guerre, le pays a été occupé jusqu’en 1952 par les Américains.
 

L’influence moderniste de Le Corbusier

Déjà, entre la fin des années 1920 et le début des années 1930, certains architectes avaient séjourné dans l’atelier parisien de Le Corbusier, tels Kunio Maekawa et Junzo Sakakura. Lorsqu’il rentre à Tokyo, en 1939, auréolé d’un Grand Prix d’architecture décroché pour son pavillon du Japon à l’Exposition internationale de Paris de 1937, ce dernier deviendra d’ailleurs le fer de lance du mouvement moderne dans l’archipel. Dans la première section, intitulée « Villes et territoire, un projet en devenir, 1945-1955 », on découvre ainsi son projet de maison-atelier de Taro Okamoto, à Tokyo. Mais aussi, à travers plans et photographies, le fameux Mémorial pour la paix, à Hiroshima, de Kenzo Tange, imposant parallélépipède oblong de béton et de verre, juché sur pilotis. Au travers des divers projets ici montrés, s’établiront les bases d’une authentique architecture japonaise contemporaine. Le parcours, sagement chronologique, est ainsi sur ses rails.
 

Les structures extensibles du Métabolisme

Hormis l’ultime volet – la partie contemporaine –, les autres sections sont scrupuleusement documentées. Le visiteur plonge ainsi avec régal au cœur du Métabolisme, ce mouvement né en 1959 qui, en réponse à la démographie galopante et à la disponibilité limitée en zones constructibles, prôna un développement de la ville dans les airs et sur la mer, grâce à des superstructures extensibles selon un processus de croissance organique. Une imposante maquette évoque un projet de ville flottante signé Kenzo Tange. Plus loin, autre exemple phare : la Nakagin Capsule Tower de Kisho Kurokawa, empilement de petites « capsules de vie » cubiques. Ledit mouvement vivra son apogée en 1970, lors de l’Exposition universelle d’Osaka. Une salle particulière est d’ailleurs consacrée à cet événement, qui eut un retentissement énorme pour la relance économique du pays. On y trouve, entre autres, la tour Expo de Kiyonori Kikutake et le Pavillon Fuji (gonflable) de Yutaka Murata. Le Japon renaît alors de ses cendres. Suivra une incroyable diversité de styles et d’esthétiques : de la très pop et amusante Maison-visage de Kazumasa Yamashita, jusqu’à la médiathèque de Sendai par Toyo Ito, hymne à la transparence et à la disparition, en passant par une clinique dentaire de Shin Takamatsu, au look « machiniste ». La section contemporaine (60 projets datant de 1995 à 2017) se matérialise par un mobile géant, signé Sou Fujimoto, qui emplit bien l’espace, mais sur lequel il est parfois difficile de comprendre, sinon de lire les projets.

 

 

Japan-ness, architecture et urbanisme au japon de 1945 ,
jusqu’au 8 janvier 2018, au Centre Pompidou, 1, parvis des Droits-de-l’Homme, 57000 Metz, www.centrepompidou-metz.fr.

 

Légende photo

Kisho Kurokawa, Nakagin Capsule Tower (Tour capsule Nakagin), 1972. © Photo : Makoto Ueda

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°488 du 3 novembre 2017, avec le titre suivant : Un panorama des mutations urbaines du Japon au Centre Pompidou-Metz

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