Mercredi 21 octobre 2020

Un Newton savoureux mais incomplet

L'ŒIL

Le 23 avril 2012 - 395 mots

Avant d’épouser l’actrice June Brunell à Melbourne en 1948, Helmut Newton l’avait prévenue : « La photographie sera toujours ma priorité. Tu ne viendras qu’en seconde position. »

 Pendant soixante ans, Helmut Newton (1920-2004) n’a vécu effectivement que pour elle avec la complicité de sa facétieuse épouse qui deviendra elle-même, et sous le pseudonyme d’Alice Springs, une célèbre photographe. Aujourd’hui à Berlin, June Newton préside à la Fondation Helmut Newton et œuvre à l’indexation, à la conservation et aux expositions. L’exposition rétrospective qu’elle a conçue dans les nouveaux et superbes espaces du Grand Palais fait ainsi figure de première du genre depuis la mort du photographe, et sa présentation à Paris – ville que Newton a tant aimée et photographiée – est un hommage à une œuvre dont il aurait voulu qu’elle trouve un point de chute dans une institution française.

En quelque deux cents photographies, pour la plupart des tirages originaux, c’est donc l’existence photographique d’Helmut Newton que June Newton livre dans cette rétrospective. En choisissant de la centrer sur les commandes passées par les magazines de mode (Vogue, Elle…) et la publicité de 1964 aux années 1990, elle s’attache à rappeler, ou à révéler, le goût de la narration chez Newton, matrice de la force esthétique de ses sulfureuses images de mode, de ses nus ou de ses portraits. Séries iconiques, tels Les Grands Nus, inspirés des photos d’identité judiciaire de membres terroristes de la bande à Baader, ou d’autres séries subversives moins connues flirtent en toute liberté avec les tabous, le cinéma, la littérature et l’histoire, mais aussi « l’espace-temps de son enfance à Berlin, la ville la plus décadente du monde », rappelle June Newton dont des extraits du film Newton by June sont diffusés en boucle dans l’exposition.

Le parcours ouvre avec deux autoportraits – l’un réalisé dans le studio d’Yva en 1936 à Berlin alors qu’il rêvait d’être Weegee, l’autre en 1981 à Paris Avec June et modèles –, mais on s’attendait cependant à voir dans cette rétrospective davantage d’autoportraits et de photographies de paysage, dont une seule clôture l’exposition. On regrette également que ne soient pas exposés des photos d’archives racontant son itinéraire, quelques-uns de ses carnets et clichés qu’il dédicaçait avec de longs commentaires à des amis. 

Information

« Helmut Newton », Grand Palais, Galerie sud-est, 3, avenue du Général- Eisenhower (entrée 11, avenue du Président-Wilson), Paris-8e, www.rmngp.fr

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°646 du 1 mai 2012, avec le titre suivant : Un Newton savoureux mais incomplet

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