Lundi 24 septembre 2018

Un demi-siècle de vicissitude sociale et artistique

Par Bénédicte Ramade · L'ŒIL

Le 1 avril 2006 - 755 mots

Le développement des arts italiens, au début du XXe siècle, s’insère dans un parcours semblable à ceux des avant-gardes majeures. Toutefois l’amorce diffère quelque peu de ses consœurs.

Dans une Italie relativement neuve, unifiée depuis la moitié du XIXe siècle, l’art se conjugue encore dans les années 1905 avec le néo-impressionnisme. Plus précisément avec le divisionnisme, version tardive et complexifiée du pointillisme que Seurat développa à la fin des années 1880 et qui nourrit entre 1903 et 1909 des peintres comme Umberto Boccioni, Giacomo Balla, Gino Severini ou Carlo Carrà, chantres du futurisme proche.

Le futurisme, art de la rupture
D’ailleurs, il n’est pas étonnant de signaler, dans les premières toiles futuristes de ces peintres, l’alliance d’une touche divisée à des sujets modernes : villes industrielles, machines, foules et surtout l’omniprésence du mouvement. Une dynamique, relais pour l’énergie phénoménale, l’appétit quasi boulimique déployé par l’instigateur du futurisme en 1909, Filippo Tommaso Marinetti. Alors que ce dernier prône par voie de manifestes, l’obsolescence de l’histoire, de la tradition, les peintres du mouvement n’hésitent pas à employer la science de la division des couleurs, la jugeant à même de traduire au mieux l’expérience moderne.
Le futurisme, mouvement total, affairé à une véritable révolution culturelle, est traversé par des esprits qui se détournent très rapidement du goût mégalomane de Marinetti pour les aspirations politiques
et les appels enflammés au combat, pour une programmation globale et sociale. Alors que Boccioni décède accidentellement en 1916, quelques mois avant la disparition de Sant’Elia au combat – deux décès qui infligeront un coup d’arrêt au premier futurisme – l’œuvre de Carlo Carrà prend un tournant radical.

L’« ordre » passe par la figure
Giorgio de Chirico s’est déjà, depuis quelques années, dédié à une peinture figurative quoique énigmatique, peinture de la vie secrète des choses définie comme métaphysique en 1917.
Les scènes artistiques européennes bruissent aussi de ce retour à la figure. Au moment où le mouvement dada explose, Picasso se tourne vers Ingres, les Allemands développent une Nouvelle Objectivité, Carrà en appelle à Giotto et Paolo Uccello. Il sera rejoint par Sironi et Soffici notamment. Étonnant de penser que Gino Severini, peintre entre 1910 et 1912 du célèbre La Danse du « Pan-Pan » au Monico (joyau de la collection du Musée national d’art moderne), rende hommage dans les années 1920 au peintre de Louis XI : Jean Fouquet !
Le retour à l’ordre, expression qui qualifie cette tendance, voile de passéisme ce qui s’avère surtout être le besoin pour les artistes d’ancrer les choses, de s’accorder dans une filiation après des années de nihilisme, notamment en Italie avec la politique culturelle futuriste.
En 1922, Bucci, Dudreville, Furi, Malerba, Marrussig, Oppi et Sironi, rassemblés sous l’étiquette de Novecento, peignent le silence et la vérité avec le vocabulaire des exemplaires Masaccio ou Piero della Francesca mais en remontant aussi jusqu’aux Étrusques. L’iconographie est classique, du portrait à la nature morte, elle trouve l’épanouissement dans l’allégorie biblique ou mythologique.
Si certains peintres se servent de ces sujets allusifs pour s’opposer au régime fasciste, d’autres cultivent un nationalisme contaminé de propagande. Ces heures sombres voient cohabiter derrière les grandes problématiques existentialistes bien des antagonismes.

Renoncer au fascisme
Giorgio Morandi, isolé à Bologne, peint le quotidien et son atelier de façon quasi obsessionnelle. Des toiles étouffantes, immobiles, à mille lieux des vicissitudes du monde qui agitaient les futuristes.
La survivance de ce mouvement après la Première Guerre mondiale est d’ailleurs une particularité en regard du sort réservé aux autres avant-gardes européennes. Même si sa verve et son potentiel créatif s’étiolent, que Marinetti prend des virages dangereux en flirtant avec la politique, ce second futurisme, animé notamment par Fortunato Depero et Tullio Crali, offre l’aéropeinture, tentative de réinsuffler par le vertige de ses peintures, la dynamique d’antan.
Les artistes des années 1950 ressentirent une fois de plus le besoin de faire table rase du passé, entaché par la politique mussolinienne, un recommencement sans concession qui allait conduire l’Italie à retrouver une place prépondérante dans l’histoire de l’art.

Autour de l’exposition

Informations pratiques « Italia Nova » rassemble quelque 120 œuvres des plus grands artistes italiens de la première moitié du xxe siècle. Du 5 avril au 3 juillet, tous les jours sauf le mardi de 10 h à 20 h, et le mercredi jusqu’à 22 h. Entrée sur réservation : 11,30 € et 9,30 € ; sans réservation : 10 € et 8 € ; gratuit pour les moins de 13 ans. Galeries nationales du Grand Palais, 3 avenue du Général-Eisenhower, Paris VIIIe, tél. 01 44 13 17 30. http://www.rmn.fr/galeriesnationalesdugrandpalais

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°579 du 1 avril 2006, avec le titre suivant : Un demi-siècle de vicissitude sociale et artistique

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