Un céladon n’est pas toujours vert

Par Laure Meyer · L'ŒIL

Le 1 décembre 2005

Le terme « céladon » désigne-t-il obligatoirement un objet d’un beau bleu-vert pâle ? Si vous le pensez, attendez-vous à un choc en voyant ceux qu’expose le musée Cernuschi. Ils sont tous remarquables, mais la couleur tend souvent vers le jaune. Le malentendu date du XVIIIe siècle. L’Europe rêve alors de ces céramiques importées de Chine, merveilles aux teintes froides apparaissant sous l’opacité nuageuse de la couverte, ce revêtement coloré, transparent ou opaque qui recouvre les céramiques et se vitrifie lors d’une cuisson à température très élévée.
L’Europe leur donne le nom d’un héros de roman, Céladon, vêtu d’un habit gris-vert. Au contraire, pour les potiers chinois qui produisaient des céladons depuis un millénaire av. J.-C., un céladon est un objet en grès revêtu d’une couverte à l’oxyde de fer et cuit sans apport d’oxygène.
Les plus grandes réussites pour la forme comme pour la couleur, datent de la dynastie des Song (960-1279 ap. J.-C.). C’est alors « luxe, calme et volupté » pour une cour ivre de poésie. Sous la couverte fluide, d’un vert très pâle, transparaissent aux flancs des vases des motifs floraux incisés dans la pâte.
Après l’invasion et la débâcle de 1127, la capitale s’installe à Lin’an (actuelle Hangzou) et bientôt la cour mène grand train. Les potiers améliorent encore leurs techniques, les formes se diversifient, la couverte onctueuse flirte avec le bleu pâle. Mais sous les dynasties suivantes, Yuan, Ming et Qing, on cherche la virtuosité, en perdant peu à peu l’élégante sobriété des formes Song.
Fidèles reflets de la vie chinoise, les céladons nous en rappellent tous les aspects. Au Ier millénaire av. J.-C., les potiers imitent les vases rituels en bronze, dans des tons gris ou jaunes. À partir du
IIIe siècle ap. J.-C. on s’émancipe, toute la Chine de l’époque est là.
Voici un homme et une femme, dans leurs vêtements bien dessinés, voici des fermes avec l’enclos à cochons, des béliers, et un temple bouddhique miniature placé au sommet d’un vase funéraire. Plus tard, on créera même un oreiller en céramique, si frais pendant les jours de forte canicule !
L’exposition présente une centaine de pièces prêtées par les musées de la Province du Zhejiang en Chine et par la collection Baur de Genève.

« Céladon », musée Cernuschi, 7 av. Vélasquez, Paris VIIIe, tél. 01 53 96 21 50, jusqu’au 30 décembre.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°575 du 1 décembre 2005, avec le titre suivant : Un céladon n’est pas toujours vert

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