Mercredi 17 octobre 2018

Tapisserie

Trésors de Louis XIV

Mal connue, la collection tissée du Roi-Soleil fait enfin l’objet d’une savante exposition à la Galerie des Gobelins

Par Sophie Flouquet · Le Journal des Arts

Le 27 octobre 2009 - 687 mots

PARIS - Une nouvelle fois, le Mobilier national a pris le parti d’exhumer quelques-uns des nombreux trésors qu’il conserve et dont le public avait été longtemps privé.

« On a beaucoup parlé des tableaux de Louis XIV mais pas de sa collection de tapisseries », plaide Arnauld Brejon de Lavergnée, directeur des collections du Mobilier national et commissaire de cette exposition, organisée en parallèle à la grande manifestation sur Louis XIV présentée à Versailles. Cette collection a pourtant été l’une des plus importantes au monde, réunissant près de 500 tentures, soit au total plus de 2 500 pièces de tapisserie, utilisées pour l’ameublement des résidences royales. « Les tapisseries étaient alors plus prisées que les tableaux, poursuit Arnauld Brejon de Lavergnée. Il s’agissait d’un art très cher, très princier. » Ce magistral ensemble royal a été constitué par étapes. À l’héritage de tapisseries du XVIe siècle ayant appartenu à François Ier ont été adjointes des pièces issues de la manufacture du faubourg Saint-Marcel, implantée à l’initiative d’Henri IV. Puis sont venues s’ajouter des pièces achetées par Colbert et enfin des tissages sortis des manufactures royales des Gobelins et de Beauvais, ouvertes en 1662 et 1664. La collection, qui a subi les affres des siècles, est très lacunaire. En 1797, une grande partie des tentures a péri par le feu, notamment les pièces du XVIe siècle, dont ne subsistent que de rares vestiges : la tenture des Chasses de Maximilien, tissée dans les années 1530 et déposée au Musée du Louvre ; celle de l’Histoire de Vulcain attribuée à Jules Romain, et trois pièces sur huit de l’ensemble du « Triomphe des dieux », dont est exposé ici le Triomphe de Minerve avec ses décors de grotesques alors à la mode. Cette dernière est confrontée de manière exceptionnelle à une copie dans le goût du XVIIe siècle due à Noël Coypel.

Collection partielle
Une vingtaine de pièces ont donc été sorties des réserves pour illustrer cet ensemble, constituant ainsi un panorama de l’histoire de l’art qui convoque notamment Rubens, Vouet, Le Brun ou Mignard, dont les œuvres ont été traduites en tapisseries. Pièce incontournable de toute grande collection, la tenture des Actes des apôtres d’après des cartons de Raphaël figurait logiquement dans la collection de Louis XIV. Si le tissage exécuté au XVIe siècle pour François Ier a brûlé, une seconde tenture est entrée dans les collections royales en 1665. La Pêche miraculeuse (vers 1630) présentée ici témoigne de son extraordinaire qualité. Tissée près de Londres dans la manufacture de Mortlake pour le roi d’Angleterre Charles Ier – qui en possédait les cartons originaux de Raphaël achetés à Gênes vers 1620 –, la tenture a été acquise par Mazarin en 1640 avant d’être cédée au roi. Une copie en réduction de ce même ensemble, réalisée à Maincy à l’intention du surintendant Fouquet, aurait subi un jugement sans appel du Cavalier Bernin qui regrettait leur absence de monumentalité.
Aussi remarquable soit-elle, l’exposition ne constitue toutefois que la partie émergé de l’iceberg. Un important travail a été mené pour documenter l’ensemble de cette collection, connue par un inventaire de 1885, postérieur aux destructions du XVIIIe siècle. L’aspect de nombreuses tapisseries disparues sous le Directoire demeure en effet aujourd’hui méconnu. Un catalogue complet devrait être publié avant la fin de la fin de l’année par Arnauld Brejon de Lavergnée et Jean Vittet (aux éditions Faton). Certaines découvertes ont toutefois déjà pu être exposées. Ainsi de cinq dessins figurant une célèbre tapisserie disparue du XVIe siècle ayant appartenu à la famille de Guise, Les Cinq Âges de la vie humaine. Connue notamment par une description de Nicodemus Tessin, elle a été rapprochée de cinq dessins de la collection Jabach attribués à un élève de Raphaël, Tommaso Vincidor. Ces feuilles sont aujourd’hui détenues par le Musée du Louvre. Cette fascinante collection tissée n’a sans doute pas encore fini de révéler tous ses secrets.

FASTES ROYAUX, LA COLLECTION DES TAPISSERIES DE LOUIS XIV, jusqu’au 7 février 2010, Galerie des Gobelins, 42, av. des Gobelins, 75013 Paris, tlj sauf lundi 11h-13h, tél. 01 44 08 53 49, www.mobiliernational.culture.gouv.fr. Catalogue à paraître, éditions Faton, environ 90 euros.

FASTES ROYAUX
Commissaires : Arnauld Brejon de Lavergnée, directeur des collections du Mobilier national ; Jean-Jacques Gautier, inspecteur au Mobilier national

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°312 du 30 octobre 2009, avec le titre suivant : Trésors de Louis XIV

Tous les articles dans Expositions

Le Journal des Arts.fr

Inscription newsletter

Recevez quotidiennement l'essentiel de l'actualité de l'art et de son marché.

En kiosque