Tourisme, objet d’art

Par Manou Farine · L'ŒIL

Le 25 mars 2008

La première chose qui frappe, c’est la convergence des regards. Tous ou presque ont les yeux levés et la bouche entrouverte. Ce qu’ils regardent est hors champ et les fascine. Ce qu’ils regardent, c’est une peinture à la Galleria Dell’Academia à Florence. Issue de sa célèbre série Audience, la photographie de l’Allemand Thomas Struth veut mettre en scène une forme de continuum entre les visiteurs du musée et ce qu’ils regardent. À ceci près que le cliché choisi pour l’exposition de la Schirn Kunsthalle à Francfort force le trait sur ceux qui regardent. Sandales, shorts, tongs, ventres gras et socquettes : pas de doute, ce que nous regardons, ce sont des images de touristes.
« All-Inclusive. A Tourist World » fait un petit point acide sur le tourisme comme phénomène autant que symptôme et sur le touriste comme acteur ou image. La thématique – bavarde – offre surtout à la trentaine d’artistes choisis l’occasion de dresser un portrait à charge. Industrie, rêves, clichés, globalisation, entrepris par la parodie, l’assaut politique ou le constat sociologique, tout est là ou presque.
Au rayon tourisme de masse, Martin Paar nous rappelle à quel point le touriste se déplace beaucoup avec son appareil photo pour reconnaître ou confirmer brièvement ce qu’il imaginait depuis son fauteuil. À l’heure où l’on attend la tour de Pise et le Taj Mahal à Dubaï, à l’heure de Paris-Plage, l’Autrichien Reiner Riedler enfonce le clou et photographie des similis d’activités touristiques à deux pas de chez vous, version pistes de ski en plastique ou bronzage sur transats à la chaleur des spots.
Le tourisme d’aujourd’hui est encore l’occasion de réfléchir à chaque contexte et enjeu migratoire. À l’image du difficile croisement de flux entre touristes et aspirants migrants relevés par la franco-marocaine Yto Barrada. À l’Espagnol Santiago Sierra de faire un lien provocateur entre tourisme et migration en photographiant une plage bondée de Majorque. Sur la falaise qui borde le sable est fixée une banderole sur laquelle on peut lire dans la langue du touriste majorquin : « Inländer Raus ! ». Autrement dit : « Dehors les autochtones ! »

« All-Inclusive. A Tourist World », Schirn Kunsthalle, Francfort (Allemagne), www.schirn-kunsthalle.de, jusqu’au 4 mai.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°601 du 1 avril 2008, avec le titre suivant : Tourisme, objet d’art

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