Samedi 15 décembre 2018

Spilliaert, le solitaire

La jeunesse de l’artiste belge à la galerie de la Seita

Le Journal des Arts

Le 19 décembre 1997 - 466 mots

L’organisation d’une exposition consacrée à l’artiste belge Léon Spilliaert (1881-1946) est en soi un événement. À l’image du Danois Hammershøi, il a œuvré en marge des grands courants artistiques et reste de ce fait méconnu du grand public. Le Musée-galerie de la Seita propose de découvrir Spilliaert à travers 90 œuvres de jeunesse dominées par le paysage, toutes réalisées à l’encre de Chine, au pastel et aux crayons de couleur.

PARIS - La fermeture du Musée d’Ostende a rendu possible la tenue de l’exposition "Léon Spilliaert" au Musée-galerie de la Seita. Aux œuvres prêtées par les musées belges s’en ajoutent d’autres, inédites, découvertes dans des collections privées – parisiennes notamment – qu’elles n’ont pas quitté depuis leur achat à Spilliaert lui-même. Ses fréquents séjours à Paris, à partir de 1904, lui avaient ouvert une clientèle plus large qu’à Ostende, sa ville natale, ou à Bruxelles. Mais c’est au bord de la mer du Nord, dans la solitude de ses déambulations, qu’il a puisé son inspiration. Au cours des années 1900-1920, il s’émancipe rapidement des influences littéraires chères au Symbolisme et cherche ses motifs dans la nature. Il scrute les aspects insolites de la station balnéaire à la mode qu’était alors Ostende. Derrière la digue, le casino, la plage, les hôtels, les promeneurs vus par l’artiste visionnaire, s’ouvrent des abîmes de solitude et de désespoir. Ce sentiment qui nous étreint à la vision de ces paysages dépouillés est le fruit d’une vision et d’une technique. Spilliaert met en scène le réel pour lui donner une coloration fantastique, en accélérant les perspectives, en éliminant tous les aspects anecdotiques, en isolant ses figures dans des espaces angoissants. La technique joue également un rôle important dans la construction de cet univers. L’encre de Chine contribue pour une grande part à la noirceur de ses visions, même s’il introduit un peu de couleur à partir de 1904 grâce au pastel, à la gouache et aux crayons, et en jouant des teintes du support.

Spilliaert a côtoyé quelques-uns des grands esprits de son temps, comme Stefan Zweig ou le critique Émile Verhaeren ; il a connu le travail de Picasso. Pourtant, aucune trace ni influence de ces rencontres n’est perceptible dans son œuvre. Son environnement intellectuel et artistique ne l’intéresse pas, seul lui importe le réel sur lequel il pose son regard de visionnaire. Car c’est un regard unique et dérangeant que ses portraits, ses natures mortes et surtout ses paysages nous invitent à partager. La série de ses autoportraits (1907-1909), qui troublent le spectateur avec leurs yeux hallucinés et fiévreux, est emblématique de cette poésie inquiète et tourmentée.

LÉON SPILLIAERT, ŒUVRES DE JEUNESSE 1900-1919, jusqu’au 28 février, Musée-galerie de la Seita, 12 rue Surcouf, 75007 Paris, tél. 01 45 56 60 17, tlj 11h-19h, sauf les 25 décembre et 1er janvier.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°50 du 19 décembre 1997, avec le titre suivant : Spilliaert, le solitaire

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