Dimanche 18 novembre 2018

Six créateurs, six propositions, six philosophies

Par Bérénice Geoffroy-Schneiter · L'ŒIL

Le 7 août 2007 - 569 mots

 1 John Galliano, pour Christian Dior, robe du soir, haute couture (collection printemps-été 2006). À peine avait-il achevé ses études à la prestigieuse Saint Martin’s School de Londres que le Britannique John Galliano séduisait par son extravagance, sa bonne dose d’humour et sa réinterprétation des codes historiques.
Promu directeur de création de Christian Dior Couture en 1997, ce styliste haut en couleur n’en finit pas de dépoussiérer les codes de représentation, bousculant les styles et les époques comme avec cette somptueuse robe rouge sang, inspirée tout autant par la violence de la Révolution française que par le libertinage cher au marquis de Sade.

2 Christian Lacroix, pour Christian Lacroix haute couture, robe de mariée (printemps-été 2006). Passionné très jeune par l’histoire du costume, amoureux fou de théâtre et d’opéra, Christian Lacroix a imposé dans la mode son style baroque et luxuriant en jouant sur les mélanges virtuoses et la somptuosité des tissus.
Éminemment cultivé (il rêva même de devenir conservateur de musée !), le styliste réinterprète avec brio ses origines arlésiennes comme sa fascination pour la peinture et les folklores du monde entier. Légère comme un souffle, cette robe de mariée rend un éblouissant hommage à la préciosité du XVIIIe siècle.

3 Yohji Yamamoto, ensemble, (collection automne-hiver 2006). « Des vêtements qui ressemblent à des lambeaux rescapés d’une explosion atomique et qui évoquent la fin du monde. » C’est en ces termes que les journalistes accueillirent les premiers défilés de ce Japonais fraîchement débarqué à Paris dans les années 1980 !
On sait désormais apprécier à leur juste valeur les créations sophistiquées de cet avant-gardiste, subtil mélange de sensualité et de pudeur, d’extravagance et d’austérité, de masculin et de féminin.
 
4 Karl Lagerfeld, pour Chanel Haute Couture, ensemble, (printemps-été 2006). L’arrivée de Lagerfeld à la direction artistique de la mode, en 1983, a fait souffler sur la maison Chanel un vent d’audace et de liberté qui ne s’est pas démenti au fil des années. Ce dandy fin de siècle doublé d’un travailleur forcené et boulimique a su transcender les codes esthétiques élaborés par la Grande Mademoiselle (l’amour des bijoux fantaisie, l’utilisation de ses couleurs fétiches, le noir et le blanc) pour casser l’image « classique » accolée à la marque.
Irrévérencieux sur la forme, il n’en demeure pas moins fidèle à l’esprit de la créatrice.

5 Azzedine Alaïa, manteau et jupe (automne-hiver 2006-2007). Monté à Paris dans les années 1950, le Tunisien Azzedine Alaïa va s’imposer très vite comme le champion incontestable de la coupe et de la finition, maîtrisant avec un art total l’ensemble des étapes de l’élaboration d’un vêtement. Ne produisant que quelques rares collections à tirages très limités, il sculpte littéralement le corps de la femme, mariant avec audace le cuir à la dentelle, le jersey de soie au tweed, voire, comme sur cette tenue, les poils de chèvre à l’agneau de Mongolie !

6 maison Martin Margiela, robe-fleur, collection Artisanal, (printemps-été 2006). Seul créateur de l’exposition représenté à la fois par des collections homme et femme, Martin Margiela s’est vite fait connaître pour ses provocations : coutures apparentes, ourlets coupés à vif, coudes et genoux pincés, étiquette en coton blanc vierge signant l’identité du créateur mais s’effaçant devant le vêtement…
S’il utilise volontiers des produits recyclés, le jeune Belge sait aussi faire montre de préciosité, comme sur cette fascinante robe constituée de fleurs artificielles entièrement fabriquées à la main dans son atelier. Comme un Botticelli revu et corrigé !

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°587 du 1 janvier 2007, avec le titre suivant : Six créateurs, six propositions, six philosophies

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