centre d’art

Simone Decker, occupation tous azimuts

L'ŒIL

Le 1 novembre 2002

D’un acte manqué – celui du renversement d’un pot de peinture verte sur la moquette de la salle où elle devait intervenir –, Simone Decker choisit de prendre finalement en compte la situation. Elle laisse sécher la tache occasionnée puis en récupère la peau pour l’exhiber, « tel un trophée, en l’accrochant quelques salles plus loin au mur ». Nous sommes en 1994, dans les locaux de l’institutionnel Musée national d’Art et d’Histoire du Luxembourg (pays dont Decker est originaire), et l’accident auquel la jeune artiste est confrontée va déterminer pour une bonne part la suite des événements de sa démarche artistique. De fait, celle-ci en appelle aux modes tant de l’appropriation que de la restructuration, de l’occupation des espaces d’exposition que de leur détournement. Invitée en 1999 à la Synagogue de Delme, Simone Decker l’avait littéralement envahie en tendant tout un réseau de bandes plastiques adhésives colorées qui emplissaient l’espace du sol au plafond, empêchant toute déambulation interne. « occuper », dit-elle : tel est le leitmotiv d’une esthétique qui vise à bouleverser nos habitudes perceptives tout en marquant son territoire – ou plutôt en le démarquant – dans un rapport éminent du corps à l’architecture et à l’idée d’enveloppe. Cette même année 1999, la série de photographies réalisées pour la Biennale de Venise faisant surgir ici et là dans l’espace public des formes monumentales aux teintes vives, au titre générique de Chewing, corroborait non seulement telle attitude mais induisait une réflexion sur l’image et sur la notion d’échelle. Coproduite avec le Printemps de Septembre à Toulouse et le Mois de la photo, l’exposition du CNP est l’occasion de découvrir pour la première fois à Paris installations et photographies d’une artiste pleine d’invention pour qui l’œuvre et le lieu ne font qu’un. Une démarche à la fois ludique, onirique et déroutante.

- PARIS, Centre national de la Photographie, 11, rue Berryer, tél. 01 53 76 12 32, 23 octobre-18 novembre.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°541 du 1 novembre 2002, avec le titre suivant : Simone Decker, occupation tous azimuts

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