Dimanche 8 décembre 2019

Ses plus grands tubes

Le Journal des Arts

Le 13 septembre 2002 - 420 mots

Sous le titre \"Chroma\", l’Espace de l’art concret de Mouans-Sartoux interroge la couleur dans ses dimensions physiques et optiques.
D’Hans Hartung à Cédric Teisseire en passant par Claudio Parmiggiani ou Bernard Frize, une dizaine d’artistes modernes et contemporains se rejoignent dans un spectre large et lumineux.

MOUANS-SARTOUX - De la virtuosité d’Hans Hartung aux froides définitions/méthodes de Claude Rutault, le spectre de “Chroma”, l’actuelle exposition de l’Espace de l’art concret à Mouans-Sartoux, est suffisamment large pour réconcilier quelques antagonismes et traiter d’un sujet aussi évident que difficile : la couleur. Jusqu’à quel point faut-il distinguer cet élément de ses supports ? Que cela soit par leurs processus d’apparition ou par la mise en scène de leurs épuisements, peinture et couleur ne font qu’une dans les toiles de Gerhard Richter et de Bernard Frize. Les Tatouages de Cédric Teisseire fusionnent eux aussi couleur et peinture. Il revient à la pesanteur de dessiner les coulures appliquées par le jeune artiste à même les murs à l’aide d’une seringue. Le film bleu suspendu dans l’escalier par Nikolaus Koliusis (Across, 1993) reformule, lui, dès l’entrée de l’exposition, une vérité physique. La couleur n’est pas tant un ajout qu’un retrait, un jeu complexe qui vise à annuler certains composants du spectre lumineux pour en souligner d’autres.

Parmi la dizaine d’artistes présents, plusieurs s’appliquent à renouveler la formule du prisme. Laurent Saksik le fait dans les trois dimensions d’un cube monumental aux tonalités glacées (Air 1, 2000), tandis que Claudio Parmiggiani aligne dans une vingtaine de bacs autant de teintes de pigments purs. Ce classique de l’artiste, Pittura pura, pura luce (1968), en côtoie un autre aussi impressionnant que fragile, Luce, luce, luce (1968). Ce tapis de pigments jaunes disposé sur le sol de la rotonde du château aveugle les abords de la salle et rayonne par les fenêtres.

Signifiée chez l’Italien, l’adéquation entre lumière et couleur est au centre de la double projection vidéo d’Adrian Schiess. Sur les murs d’une salle obscurcie, deux images mouvantes se font face et abusent le promeneur par leur scintillement. Cette même tension entre matérialité physique et immatérialité optique se retrouve chez Jean-Pierre Bertrand, qui expose ici un film, Passing through (2002). Étiré et remonté, comme éternellement suspendu, un court passage d’Eyes Wide Shut, de Kubrick, est confronté aux dessins monochromes de l’artiste et à leurs tons acides. La couleur se peint, se voit, se sent, mais elle passe aussi.

- CHROMA, jusqu’au 10 novembre, Espace de l’art concret, Château de Mouans, 06370 Mouans-Sartoux, tél. 04 93 75 71 50.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°154 du 13 septembre 2002, avec le titre suivant : Ses plus grands tubes

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