Samedi 17 novembre 2018

Saul Steinberg, de l’illustration comme un art

Par Laure Meyer · L'ŒIL

Le 30 mai 2008 - 326 mots

L’exposition de la fondation Henri Cartier-Bresson pourrait bien déplaire aux « cons ». Non pas parce qu’elle présente dans un lieu réservé à la photographie le travail d’un illustre dessinateur, mais, dit Wolinski dans un documentaire à sortir (La Ligne de Steinberg, de D. Roman et T. Fontaine), parce que le dessin de Saul Steinberg « s’adresse aux gens intelligents ».

À six euros l’entrée de l’exposition, voilà donc un moyen peu onéreux de tester son niveau de connerie…
Mais qui est donc Saul Steinberg (1914-1996) ? Sans doute le plus new-yorkais des artistes juifs américains nés en Roumanie. C’est à Milan, où il s’installe en 1933 pour étudier l’architecture, que Steinberg commence à gagner sa vie avec des caricatures de presse. Talentueux, drôle, il y publie plus de trois cents dessins jusqu’à son départ de l’Italie fasciste en 1941.
Après l’obtention (difficile) d’un visa américain, Steinberg s’enrôle dans l’armée, le plus sûr moyen d’acquérir la citoyenneté américaine. Plusieurs missions à l’étranger plus tard, il est rapatrié à New York. En 1944, à trente ans, sa carrière peut enfin démarrer. Ce qu’elle fait sans attendre avec The New Yorker, magazine pour lequel il réalisera quatre-vingt-cinq Covers, dont sa plus célèbre accrochée à la fondation : Le Monde vu depuis la 9e avenue.
Son succès, Steinberg le doit à son trait sans équivalent, d’une précision et d’une économie rares, presque provocantes. Steinberg, c’est l’élégance, le raffinement. C’est aussi, en dépit de sujets très new-yorkais, l’universel. « J’essaie d’utiliser un alphabet très limité pour exprimer des idées compliquées », dit-il un jour à la caméra. Pour cela, tous les moyens sont bons : mots (sans être des sous-titres), collages (et imitations de collages), calligraphie sans message, vrais (et faux) tampons, etc. Steinberg invente, il crée, sur le papier comme dans sa baignoire,
aidé par une insatiable culture de la modernité.

Voir

« Saul Steinberg, illuminations », fondation Henri Cartier-Bresson, 2, impasse Leblouis, Paris XIVe, jusqu’au 27 juillet 2008, www.henricartierbresson.org

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°603 du 1 juin 2008, avec le titre suivant : Saul Steinberg, de l’illustration comme un art

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