Rouault préoccupé par l’humain

Par Marie Maertens · L'ŒIL

Le 2 novembre 2007 - 333 mots

Appréhender l’œuvre de Georges Rouault n’est pas facile, tant elle est rigoureuse et peut sembler parfois austère. D’autant plus que l’artiste, né en 1871, s’est consacré durant toute la première moitié du XXe siècle aux sujets religieux. La galerie Taménaga expose une soixantaine d’œuvres, dont une majorité d’huiles sur toile, qui donnent à voir un large aperçu de sa carrière. Scènes bibliques, figures mystiques, crucifixions et personnages de l’Ancien et du Nouveau Testament y tiennent une place de choix, mais aussi des paysages, des scènes de cirque ou des portraits divers.
La manière de Rouault se reconnaît par un trait figuratif, presque expressionniste, aux formes souvent cerclées de noir. Avant de rejoindre l’atelier de Gustave Moreau, il avait fait son apprentissage chez un restaurateur de vitraux, d’où cet usage du cerne. Quant au sentiment religieux, si Rouault grandit dans un milieu d’artisans chrétiens, sa rencontre en 1901 avec l’écrivain J.-K. Huysmans n’est pas neutre. S’intéressant à la profondeur de l’humain, il met souvent en parallèle la série des Juges (dont une toile emblématique est proposée à la galerie) ou des Tribunaux avec des humbles des faubourgs. Il se plaît à représenter d’un trait sans concession, presque satirique, une humanité déchue, composée de filles de joie, de danseuses, de banlieues lépreuses ou de clowns… Les couleurs employées sont crues, drues, sombres. Les formes ne sont qu’ébauchées et le traité est brut. Mais le peintre y ajoute parfois une préciosité dans le matériau. La couleur est apposée couche par couche et devient, comme on le voit dans Un paysage biblique de 1947, la structure d’une œuvre produisant sa propre lumière, à l’instar d’un vitrail ancien.
Sa dernière exposition rétrospective à Paris date de 1971. Grâce à des prêts de collectionneurs privés et à l’aide de la fondation Georges Rouault, la galerie célèbre le retour d’un peintre avant tout préoccupé par la réalité humaine.

« Georges Rouault », galerie Taménaga, 18, avenue Matignon, Paris VIIIe, tél. 01 47 42 99 14, www.tamenaga.com, du 15 novembre au 15 décembre 2007.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°596 du 1 novembre 2007, avec le titre suivant : Rouault préoccupé par l’humain

Tous les articles dans Expositions

Le Journal des Arts.fr

Inscription newsletter

Recevez quotidiennement l'essentiel de l'actualité de l'art et de son marché.

En kiosque