Mercredi 17 octobre 2018

Influence

Rodin-san

Le Journal des Arts

Le 1 août 2007 - 484 mots

Examinant les liens entre le travail de Rodin et l’art japonais, le Musée Rodin présente une sélection étonnante de la collection du sculpteur.

 PARIS - Recouverts de ukiyo-e, (« images du monde flottant ») et de katagami-s (pochoirs), les bas-côtés de la chapelle de l’hôtel Biron, à Paris, prennent, à l’occasion de l’exposition « Rodin, le rêve japonais », des allures inhabituelles avec ces couleurs du Japon. Le Musée Rodin, tente d’explorer, à travers un ensemble d’objets et d’œuvres d’art, les analogies entre l’esthétique nippone et la représentation du nu chez Auguste Rodin (1840-1917). Les pièces exposées aujourd’hui sont presque toutes issues de la collection de l’artiste, léguée à l’État en 1916. Longtemps proche de personnalités à l’origine de la mode du japonisme en France, tels que les frères Goncourt, Paul Cézanne ou encore Paul Gauguin, Rodin ne commence que très tardivement sa collection d’art japonais. Son recueil d’estampes, principalement consacré aux paysages et aux scènes de théâtre, tranche avec ceux de ses contemporains, ainsi Edmond de Goncourt, fervent collectionneur des shunga, feuilles érotiques qu’il possède en nombre.
Majoritairement constitué de l’ensemble réuni par le sculpteur, le parcours fait place à de grands maîtres du paysage comme Utagawa Hiroshige (1797-1858) et ses Cinquante-trois étapes du Tôkaidô ou encore Utagawa Kunisada (1786-1865), un des créateurs d’ukiyo-e les plus populaires du XIXe siècle. En contrepoint, Le Père Tanguy, de Van Gogh, montre que les nus de Rodin sont plus proches de l’art japonais, par la recherche de l’épure, que du japonisme français. « Toutefois, si de pareils liens sont aisés à caractériser lorsqu’ils renvoient au goût du sculpteur, tant en matière de théâtre, de danse, que d’estampes et de collections, ils restent beaucoup plus difficiles à discerner dès lors que l’on s’interroge sur la relation qui existe, pour Rodin, entre l’art japonais et la conception plastique et graphique qu’il applique à son œuvre », constate Dominique Viéville, directeur du Musée Rodin, dans la préface au catalogue. C’est en effet le mobile de cette exposition, qui repose sur un phénomène ténu puisque relevant de la simple sensibilité du sculpteur français à l’égard de l’art nippon. Peut-être eût-il été plus pertinent de reprendre une thématique plus générale sur les liens de Rodin avec le Japon, qui a précédemment fait l’objet d’une exposition au Musée, en 1979 ; le foisonnement des œuvres présentées ici en aurait remarquablement appuyé le propos. La manifestation permet cependant de découvrir une collection exceptionnelle d’estampes sélectionnées parmi plus de deux cents albums, dessins, livres. Le parcours de l’exposition se clôt par la présentation des masques réalisés d’après le visage de la danseuse japonaise Hanako feignant l’agonie. Enfin, des bustes en grès ont été judicieusement placés dans la nef ; restaurée en novembre 2005, sa lumière naturelle révèle toute leur expressivité aux moulages de l’artiste.

RODIN, LE RÊVE JAPONAIS

Jusqu’au 9 septembre, Musée Rodin, 79, rue de Varenne, 75007 Paris, tél. 01 44 18 61 86, tlj 9h30-17h45. Catalogue, coéd. Musée Rodin/Flammarion, 239 p., 39 euros, ISBN 978-2-081205-14-7.

Rodin

- Commissaires de l’exposition : François Blanchetière, conservateur du patrimoine, Musée Rodin ; Bénédicte Garnier, documentaliste au service des collections du Musée Rodin - Scénographe : Loretta Gaïtis - Nombre d’œuvres : 175

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°261 du 8 juin 2007, avec le titre suivant : Rodin-san

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