Mercredi 11 décembre 2019

Sarrebruck (Allemagne)

Rodin et Nauman, rencontre au sommet

Moderne Galerie - Jusqu’au 26 janvier 2020

Par Lina Mistretta · L'ŒIL

Le 29 octobre 2019 - 356 mots

La Moderne Galerie de Sarrebruck consacre une exposition inédite à Auguste Rodin et Bruce Nauman, deux artistes appartenant à deux générations et deux contextes artistiques a priori aux antipodes : le premier est le sculpteur français le plus remarquable de la fin du XIXe, le second, américain, figure majeure de l’art contemporain, réalise une œuvre inclassable, complexe, protéiforme.

Au-delà des moyens et des champs d’investigation distincts, on découvre au fil du parcours combien ces deux immenses artistes sont étonnamment proches : tous deux expriment une véritable fascination pour le corps, l’espace, le psychisme, tous deux conçoivent la création comme un processus en continuel devenir. Deux œuvres majeures nous introduisent dans la première salle : Le Penseur de Rodin, symbole de l’artiste qui contemple sa création, et une inscription au néon de Nauman affirmant que « Le véritable artiste aide le monde en révélant des vérités mystiques ». Lorsqu’il modèle un corps, Rodin exprime les émotions et les conflits intérieurs : les figures de La Porte de l’Enfer sont des masques de douleur, des allégories terribles ou gracieuses, la tête des Bourgeois de Calais, le symbole de la souffrance. L’œuvre de Bruce Nauman Ten Heads Circle/ Up and Down, faite de moulages de têtes suspendues, s’inscrit dans une exploration à la fois humoristique et violente. Les représentations de l’homme en mouvement mettent en lumière les affinités existantes entre eux, même si les techniques sont différentes : L’homme qui marche, que Rodin a privé de sa tête et de ses bras pour n’en retenir que l’enjambée impressionnante, fait écho à la figure de néon Marching Man de Nauman, dont les clignotements agressifs créent le mouvement. Les torses tronqués, les têtes coupées, les mains nombreuses, tendues croisées ou accolées, peuplent l’univers des deux artistes. L’aspect inachevé ou fragmentaire de son œuvre a fait de Rodin un moderne. Comme le mentionne Bruce Nauman, cette pratique fragmentaire du génie l’a aidé dans l’évolution de sa voie artistique. Enfin, les rôles majeurs de la photographie et du dessin pour les deux artistes ici superbement documentés et scénographiés sont d’autres points de rapprochements réussis qui achèvent de convaincre le spectateur de l’intérêt de cette exposition.

« Rodin/Nauman »,
Moderne Galerie, Bismarckstraße 11-15, Sarrebruck (Allemagne).

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°728 du 1 novembre 2019, avec le titre suivant : Rodin et Nauman, rencontre au sommet

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