Peinture

Révélation hollandaise

Par Sophie Flouquet · Le Journal des Arts

Le 14 décembre 2010 - 666 mots

L’ensemble hollandais du duc d’Aumale fait l’objet à Chantilly d’une présentation qui met en valeur son exceptionnelle qualité.

CHANTILLY - Le Musée Condé, à Chantilly (Oise), vient de retrouver l’un de ses chefs-d’œuvre. Non que celui-ci ait été perdu ni même oublié, mais ce tableau, longtemps accroché au-dessus d’une vitrine où il n’était guère visible, avait durement subi les outrages du temps. Ce grand panneau en bois vient de faire l’objet d’une restauration fondamentale qui lui a rendu toute sa fraîcheur, tout comme sept autres tableaux de la collection de peinture hollandaise du musée, cela grâce au soutien d’un mécène néerlandais, la Fondation Randstad.

Dû à Anthonis Mor (vers 1519-1576), plus connu sous son nom hispanisé, « Antonio Moro », ce Christ entouré de saint Pierre, saint Paul et deux anges (1564) est l’une des pièces phares de cette exposition qui réunit la totalité des seize tableaux de la collection hollandaise du Musée Condé, ainsi que soixante-quatre dessins sur quatre-vingt-quatre numéros. En comparaison avec la peinture italienne, cet ensemble semble modeste par sa quantité – mais nullement par sa qualité ! – au sein de la collection d’Aumale, dont la donation a été à l’origine de la création du musée. De fait, celui-ci goûtait modérément le genre hollandais. « Il aimait les peintures qui racontent des histoires, ce qui n’est pas le propre de l’art hollandais », confirme Nicole Garnier-Pelle, conservatrice générale en charge du Musée. 

Si certaines pièces ont été achetées dans le cadre d’ensembles plus vastes, notamment lors de l’acquisition de la collection de son beau-père, le prince de Salerne, d’autres lui ont été léguées par ses aïeux, les Condé. Tel est le cas de ce Moro, peintre à la cour des Habsbourg, ayant appartenu à l’évêque de Liège. Il a été acheté par le Grand Condé alors que celui-ci était passé au service des Habsbourg tandis que Moro était l’un des peintres de cour. Défiguré au fil du temps par d’importants repeints, ce tableau très célèbre en son temps (cité par Vasari), mais dont la signature vient seulement d’être redécouverte par les restaurateurs, attire l’œil par la qualité du traitement des figures. Moro était en effet réputé pour ses talents de portraitiste.  

« Raphaël des oiseaux »
Les autres peintures apparaissent d’un même niveau avec ces Oiseaux de basse-cour de Melchior Hondecoeter (1636-1695), un peintre surnommé le « Raphaël des oiseaux », ou encore cette Allégorie de la richesse de Jacob Van Loo (1614-1670), « étrange mélange de réalisme hollandais et de classicisme », selon David Mandrella, commissaire de l’exposition et spécialiste du peintre. Avec Ruisdael et « le plus beau Van de Velde le Jeune des collections françaises », les paysagistes sont également dignement représentés. Le rare Mathias Stomer (1600-après 1650), un caravagesque d’Utrecht dont le Sarah présentant Agar à Abraham rivalise de trivialité, a lui aussi fait l’objet d’une redécouverte. Jugé trop abîmé par le duc d’Aumale, le tableau avait été remisé dans le grenier des écuries vers 1869, où Nicole Garnier-Pelle l’a redécouvert en 1996. 

La visite est complétée par la présentation d’une sélection de dessins hollandais, qui n’avaient plus été montrés depuis 2001, date de leur publication par David Mandrella. La moitié de ces feuilles, qui réunissent tous les grands noms, a été acquise en 1861 lors de l’achat de la collection Reiset – grand collectionneur qui a vendu ses dessins pour éviter tout conflit d’intérêt, lors de son entrée en poste comme conservateur au Louvre. Aumale l’a complétée par quelques achats ponctuels, comme c’est le cas pour cette somptueuse Vue de Dordrecht par Rembrandt. Preuve que le duc a su parfois mettre ses goûts personnels entre parenthèses pour servir une collection hors du commun.

L’ART HOLLANDAIS AU MUSÉE CONDÉ

Jusqu’au 2 janvier 2011, Musée Condé, Domaine de Chantilly, tél. 03 44 27 31 80, tlj sauf mardi 10h30-17h. Catalogue, éd. Domaine de Chantilly/Fondation Randstad, 62 p., 12 euros, ISBN 978-2-9532603-1-1.

Commissariat : David Mandrella, historien de l’art ; Nicole Garnier-Pelle, conservatrice générale du patrimoine en charge du Musée Condé

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°337 du 16 décembre 2010, avec le titre suivant : Révélation hollandaise

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