Samedi 15 décembre 2018

Commémoration

Retour au Premier Empire

Le Journal des Arts

Le 5 novembre 2004 - 714 mots

À l’occasion du bicentenaire de l’instauration du Ier Empire, en 1804, les musées français offrent un abondant programme d’expositions, variées mais inégales.

 PARIS - Difficile d’échapper aux expositions commémoratives du bicentenaire du Premier Empire (1804-1815), présentées en France dans les musées napoléoniens et quelques institutions parmi les plus grandes ! Du Louvre au Musée de l’Armée en passant par le Musée Jacquemart-André, tous révèlent différentes facettes de cette période importante de l’histoire, d’un point de vue tant artistique que politique. Aussi l’angle de chaque manifestation – et conséquemment les moyens mis en œuvre –, varie-t-il sensiblement : historique pour « Napoléon et l’île d’Aix », au Musée national napoléonien, artistique pour « “Le Sacre” de Napoléon peint par David », au Musée du Louvre, voire décoratif avec « Bijoux des deux Empires. 1804-1870. Mode et sentiment », au Musée des châteaux-de-Malmaison-et-Bois-Préau.
Le 18 mai 1804, Napoléon Bonaparte, Premier consul de la République, devenait Napoléon Ier, Empereur des Français. S’en suit, le 2 décembre, en la cathédrale Notre-Dame à Paris, son sacre par le pape Pie VII et son couronnement à jamais immortalisé, ou plutôt sublimé, par Jacques Louis David (1748-1825) à travers son Sacre de Napoléon (1805-1808). L’un des plus célèbres au monde, le tableau est au cœur de l’exposition du Louvre qui démontre, comme l’affirme Sylvain Laveissière, son commissaire, qu’« une des chances de Napoléon est d’avoir rencontré David ». En effet, si Napoléon Bonaparte a su inscrire son prénom dans l’Histoire, David a fait de lui « un chevalier français », selon les propres mots de l’Empereur lors de sa visite à l’atelier du peintre, le 4 janvier 1807. Bien que les œuvres présentées aient été installées, non sans inconvénient, dans la salle Daru (abritant habituellement la peinture de David) – en raison notamment du format monumental du Sacre –, le musée offre ici une analyse pertinente du tableau, de sa réalisation à sa réception. Près de quarante pièces, des regalia (attributs royaux) datant de Charlemagne aux études sur papier, témoignent de la magnificence de cette cérémonie, et surtout, du travail colossal réalisé par un David alors pourtant âgé de presque 60 ans. Si « de nombreuses questions demeurent sans réponse quant au travail préparatoire effectué par David », reconnaît Sylvain Laveissière, l’exposition n’en dévoile pas moins, preuves à l’appui, quelques « secrets », telle l’intention première de David de peindre « son héros » se couronnant lui-même, devant un Pie VII assis et immobile. La force de ces œuvres de propagande, qu’il s’agisse du Napoléon, tête couronnée de David ou du Napoléon Ier sur le trône impérial (1806) de Jean-Dominique Ingres, situés en début de parcours, est indéniable.

Vaisselle et bijoux
Autre exposition, autre ambiance : « Trésors de la Fondation Napoléon. Dans l’intimité de la Cour impériale » présente, au Musée Jacquemart-André, les pièces issues de la collection de la fondation constituée essentiellement du legs de Martial Lapeyre, industriel et grand amateur de l’Empereur. Dans une mise en scène recherchée, jouant sur la lumière et intégrant des dispositifs audio, le quotidien de l’Empire se voit restitué à travers tableaux, nécessaire à ouvrage (de couture), vaisselle et bijoux. Si le soin apporté à la scénographie semble vouloir rajouter au caractère « intime » annoncé – voire le justifier –, les pièces, tel l’ensemble de très jolies boîtes avec portraits de Napoléon ou « N » incrusté, n’avaient peut-être pas besoin de tant d’artifices pour briller. De même, la présence d’objets utilisés pour le décor du film Monsieur N d’Antoine de Caunes, comme des copies de lettres installées dans la vitrine du fusil de chasse de Napoléon, semblent ici pour le moins incongrues.

- Le Sacre de Napoléon peint par David, jusqu’au 17 janvier 2005, Musée du Louvre, aile Denon, Paris, tél. 01 40 20 53 17, www.louvre.fr, tlj sauf le mardi 9h-17h30 et 21h30 les mer. et vend. Cat. Coéd. 5 Continents/Louvre, 200 p., 29 euros, ISBN 88-75439-154-4. - Trésors de la Fondation Napoléon. Dans l’intimité de la Cour impériale, jusqu’au 3 avril, Musée Jacquemart-André, 158, bd Haussmann 75008 Paris, tél. 01 45 62 11 59, www.musee-jacquemart-andre.com, tlj 10h-18h et 21h30 le lundi. Cat. Nouveau Monde Éd., 192 p., 39 euros, ISBN 2-84736-080-8. Pour les autres expositions : www.musees-nationaux-napoleoniens.org Et hors-série de L’Œil : Napoléon et les arts, 60 p. , 8 euros.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°202 du 5 novembre 2004, avec le titre suivant : Retour au Premier Empire

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