Lundi 24 septembre 2018

Rentrée littéraire

Par Bénédicte Ramade · L'ŒIL

Le 1 mars 2006 - 373 mots

Depuis une quinzaine d’années, Peter Wüthrich, a fait du livre la pierre angulaire de son art. Si certains artistes réalisent des livres-objets précieux, ce quadragénaire suisse se sert du livre comme de l’argile, de la photographie ou de la peinture : un matériau.
Tout commence par le choix et l’emploi du livre. Celui-ci est collecté non pour son intérêt littéraire mais pour ses qualités esthétiques, couleur, couverture monochrome, état de fraîcheur… Amassé, stocké, il est un jour intégré dans une installation, une composition qui sera chromatique ou volumétrique. Intégré aussi dans des performances. Dans une banlieue difficile de Milan, Wüthrich a offert aux passants de prendre un livre ouvert avec un harnais, métamorphosé en une paire d’ailes d’ange.
De ce moment de grâce, l’artiste en a tiré des photographie, des affiches et… un livre bien sûr ! Les ouvrages deviennent avec lui chien, oiseaux ou architecture. Il leur arrive même de se faire découper, de voir prélever leur contenu, toujours à travers une approche facétieuse et poétique. Verbum / Think colour rassemble ainsi dans une photographie, quinze découpages, tous des noms de couleur. L’ensemble est à la fois d’un goût conceptuel et minimal, tout en étant une véritable composition chromatique !
Ni bibliophile, ni fétichiste, Wüthrich dont on découvre seulement pour la seconde fois le travail en France, se plaît à rendre hommage aux grands écrivains. Nabokov et Kafka ont fait l’objet d’installations spécifiques. D’ailleurs, l’envie irrépressible de chercher une référence littéraire brûle littéralement l’esprit lorsqu’on observe les œuvres de l’artiste suisse.
Comment ne pas penser à ces histoires de livres comme celle du tchèque Hrabal, Une trop bruyante solitude, récit d’un homme qui recycle du papier dans une cave et offre à chaque ballot destiné à la destruction, un ouvrage précieux de sa fabuleuse collection de livres trouvés.
La démarche de Wüthrich a la même poésie, d’une sensibilité à fleur de peau pimentée d’une dose d’humour et de légèreté réjouissante. En chair ou filmé, photographié, le livre à l’heure du tout numérique résiste vaillamment avec cette exposition et déclenche l’irrépressible envie… de lire.

« Peter Wüthrich, my world », fondation Salomon pour l’art contemporain, château d’Arenthon, Alex (74), tél. 04 50 02 87 52, www.fondation-salomon.com, 9 mars-28 mai. L’exposition sera accompagnée d’un catalogue.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°578 du 1 mars 2006, avec le titre suivant : Rentrée littéraire

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