Arts du feu

Reflets d’Orient

Par Daphné Bétard · Le Journal des Arts

Le 24 avril 2008 - 593 mots

De l’Irak à l’Espagne musulmane et chrétienne, du IXe au XVe siècles, le Musée de Cluny retrace l’évolution de la céramique lustrée.

PARIS - Technique subtile au rendu lumineux et intense, la céramique à décor de lustre métallique a fait son apparition en Irak à la charnière des VIIIe et IXe siècles, au cœur de l’Empire abbasside. Les premiers vestiges aujourd’hui connus proviennent de l’ancienne capitale impériale Samarra où des verriers égyptiens émigrés auraient eu la bonne idée d’adapter cette technique décorative à la céramique – le principe étant d’inclure du métal (cuivre et argent liés) dans la matière lors des différentes phases de cuisson pour obtenir des décors originaux aux reflets métalliques. Outre Samarra, d’autres centres importants de production de céramique lustrée ont été repérés dans la région du Croissant fertile, à Suse (Iran) ou Basra, avant que la technique n’essaime, tout au long du Moyen Âge, dans l’ensemble du bassin méditerranéen. Et ce, jusqu’en Espagne musulmane puis chrétienne avec des ateliers retrouvés à Séville, Malaga et Valence. C’est cette histoire que retrace aujourd’hui le Musée national du Moyen Âge – Thermes de Cluny, à Paris, en présentant les résultats de recherches menées depuis 2004 sur ses propres collections et celles du Musée du Louvre avec le concours du Centre de recherche et de restauration des musées de France. Servies par une scénographie élégante et discrète, et des panneaux pédagogiques de qualité, les différentes pièces exposées montrent de manière à la fois chronologique et géographique l’évolution de cette technique, dont la coupelle au décor végétal stylisé de couleur pourpre, découverte à Samarra (IXe siècle), offre un très beau premier exemple. Parmi les fleurons du parcours, on retrouve le quasi-inévitable Plat au porte-étendard (IXe siècle) du Louvre, pièce parmi les plus célèbres de céramique lustrée et « preuve que l’islam n’a pas interdit la figuration dans l’art », souligne Xavier Dectot, l’un des trois commissaires de la manifestation. L’ensemble des tessons des Xe et XIe siècles découverts en Égypte attestent d’un renouveau dans la céramique lustrée avec une grande variété de motifs (scènes de musique, de chasse, de danse), l’apposition de plus en plus fréquente de la signature des céramistes et un perfectionnement de la pratique. Les deux délicates coupes à décor de rosace ici réunies, provenant du Musée national de la céramique de Sèvres et du Louvre, illustrent, quant à elles, l’apparition de la production à décor de lustre métallique en Syrie entre le XIe et XIIe siècles, avant qu’il n’apparaisse en Iran – pour la première fois est ici présenté le Plat à la scène de trône iranien du XIIIe siècle acquis par le Louvre en 2007 – et en Andalousie. C’est à Grenade, dans le royaume nasride, que la céramique lustrée islamique connaît ses dernières heures de gloire avant que les ateliers de Valence ne reprennent la technique à leurs comptes au XIVe siècle pour la diffuser dans toute l’Europe – des pièces ont été retrouvées jusqu’à Prague. Concurrencée par la production italienne de majolique, la céramique lustrée s’étiole peu à peu au XVe siècle pour disparaître complètement. Elle renaît aujourd’hui à Paris le temps d’une exposition aussi bien scientifique que didactique.

REFLETS D’OR, D’ORIENT EN OCCIDENT, LA CÉRAMIQUE LUSTRÉE IXe-XVe SIÈCLE

Jusqu’au 1er septembre, Musée national du Moyen Âge – Thermes de Cluny, 6, place Paul-Painlevé, 75005 Paris, tél. 01 53 73 78 16, www.musee-moyenage.fr, tlj sauf mardi, 9h15-17h45. Catalogue, éditions RMN, 128 p., 28 euros. À lire également : Xavier Dectot, Catalogue des Céramiques hispaniques XIIe-XVIIe siècles du Musée de Cluny, éditions de la RMN, 158 p., 70 euros.

REFLETS D’OR

- Commissaires : Xavier Dectot, conservateur au Musée de Cluny ; Sophie Makariou, chef du département des arts de l’Islam au Musée du Louvre ; Delphine Miroudot, ingénieur d’études au département des Arts de l’Islam au Musée du Louvre
- Nombre de pièces : 125
- Scénographie : 17 avril/Gaëlle Seltzer

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°280 du 25 avril 2008, avec le titre suivant : Reflets d’Orient

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