Vendredi 14 décembre 2018

Rainer, corps à corps avec l’image

Par Philippe Piguet · L'ŒIL

Le 1 mars 2004 - 368 mots

Inscrites au sein de l’ensemble architectural de la Scène nationale d’Orléans, les galeries contemporaines y bénéficient de deux types d’espace distincts. D’une part, au rez-de-chaussée, un grand « white cube », ouvert aux artistes invités ; de l’autre, à l’étage, un espace ouvert avec un grand nombre de cimaises individualisées qui déterminent un ample et vaste circuit. L’artiste autrichien Arnulf Rainer, né en 1929, figure de proue de l’actionnisme viennois dans les années 1960, en est l’hôte avec tout un lot de peintures de ces douze dernières années. L’art de cet artiste  a conservé de ses débuts une énergie et une puissance qui le placent parmi les premiers des peintres expressionnistes. Arnulf Rainer entretient à l’image un rapport singulier – quasi de corps à corps – et il éprouve une passion sans frein pour toutes ces productions que l’histoire de l’art nous a données au fil du temps et qui se sont imposées comme modèles. De même qu’il s’en est pris aux masques
mortuaires des grands de ce monde, se servant de leurs reproductions photographiques comme support à l’exercice de sa peinture, de mêmea-t-il a investi des images d’œuvres d’artistes cultes : Fra Angelico, Grünewald, Messerschmidt, Goya, Hugo, etc. Chaque fois, il y va des mêmes procédures de caviardage, de biffure et de rature, bref de recouvrements iconoclastes qui pourraient passer pour autant d’actes profanateurs si son geste n’était producteur de nouvelles images. Ici la peinture n’est pas seulement libérée mais la pensée elle-même, dans l’instantané de sa projection et le nouveau rapport qu’instruit l’art de Rainer, est alors chargée d’une tension inédite au monde. De la figure à la croix, forme reprise dans de nombreux assemblages où la peinture n’est plus que le seul objet de son travail, toute l’œuvre d’Arnulf Rainer tourne autour des « notions de mort et de sacrifice, avec cette intention résolue de parvenir à l’état extatique de la création, non par rapport à lui, mais dans une communication extrêmement intense avec l’œuvre » (Werner Hofmann). Quelque chose d’une dimension existentielle fonde la démarche de cet artiste majeur dont témoigne la force mémorable qu’impose son œuvre au regard. 

« Arnulf Rainer, peintures », ORLÉANS (45), Scène nationale/Carré Saint-Vincent, tél. 02 38 62 45 68, 31 janvier-27 mars. cat. Somogy, 72 p., 18 euros.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°556 du 1 mars 2004, avec le titre suivant : Rainer, corps à corps avec l’image

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