Quand les modernes faisaient les Naïfs

Par Colin Cyvoct · L'ŒIL

Le 1 octobre 2006

Le Musée International d’art naïf de Nice nous invite à reconsidérer la relation des artistes du début du xxe siècle avec la peinture naïve.
Le douanier Rousseau (1844–1910) expose au Salon des indépendants à partir de 1886. Accompagnant les ricanements du public, la critique malveillante alterne avec des appréciations moins sévères : «  Même sotte, la naïveté vraie garde un dernier charme  […]. On sourit sans colère devant ces choses absurdes, parce qu’elles sont de bonne foi », commente ainsi le critique d’art Charles Morice en 1903 dans la revue Le Mercure de France. Dès le début du xxe siècle d’autres artistes naïfs présentent leurs œuvres au Salon d’automne et au Salon des indépendants. 
Les artistes de l’avant-garde parisienne découvrent simultanément les cultures archaïques, l’art nègre et les œuvres des peintres naïfs. Robert Delaunay (1889-1941), fervent admirateur du Douanier Rousseau, collectionne ses œuvres dès l’âge de vingt-deux ans. Il en possédera au moins dix.
Accroché en bonne place dans son atelier du Bateau-Lavoir, Portrait de femme fera partie de quatre œuvres de Rousseau dont Pablo Picasso (1881-1973) ne se séparera jamais (L’œil n°579).
Dès les premières participations du Douanier Rousseau au Salon des indépendants, à partir de 1886, la peinture naïve entre dans l’histoire de l’art.
Le Corbusier apprécie les tableaux d’André Bauchant (1873-1958) auquel Diaghilev commande un décor pour les ballets russes. Jean Cassou et Aragon préfacent les expositions de Jules
Lefranc (1887-1972).
Il n’est pas étonnant que des artistes et des intellectuels désireux d’explorer des voies  nouvelles se soient intéressés  aux œuvres de peintres autodidactes. La naïveté, par définition, ne s’enseigne pas. Les règles de la composition sont ignorées notamment la perspective. L’artiste naïf trouve des solutions formelles nouvelles, totalement inimaginables pour le peintre respectueux des traditions académiques. Le tableau s’impose pourtant avec sa propre cohérence, simple, authentique et sans prétention.

« En quête de paternité. Art naïf-art moderne », Musée international d’art naïf Anatole Jakovsky, château Sainte-Hélène, Nice (06), tél. 04 93 71 78 33, jusqu’au 30 octobre.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°584 du 1 octobre 2006, avec le titre suivant : Quand les modernes faisaient les Naïfs

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